le blog voix-africaine
17 octobre 2009 journée mondiale du refus de la misère.
Cette journée coincide cette année avec le 60ème anniversaire de la FAO, organisation onusienne qui combat la faim dans le monde.
« Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir
sacré ».
Joseph Wresinski, initiateur de cette journée mondiale, le 17 octobre 1987
Le refus de la misère, oui ! Aujourd’hui, en ces temps de crise économique mondiale, ce thème est malheureusement toujours plus d’actualité.
Le refus de la misère, oui !
Crier le scandale de l’absence médiatique autour de ce fléau silencieux et sournois qui se propage en Afrique et en Asie, à savoir la famine la plus importante depuis des décennies…
Des dizaines de milliers d’enfants, de femmes, d’hommes meurent chaque jour, par manque de soins, par manque de nourriture, par manque d’eau potable… !
Pendant ce temps, crise oblige, les médias nous parlent des dépôts de bilan d’entreprises, des chômeurs de plus en plus nombreux qui viennent grossir les rangs de la misère, ils nous parlent aussi des bénéfices scandaleux des traiders, des banques qui ont réussi à doubler, voire tripler leur chiffre d’affaires, de l’euphorie générale de Wall Street car le Dow Jones a dépassé le seuil psychologique des 10 000 points !!!
Crise oblige : Chacun marque son mécontentement et c’est à celui qui fera l’action la plus provocante pour pouvoir manifester son malaise, ses difficultés… Ainsi les producteurs laitiers ont cru bon de devoir déverser des tonnes et des tonnes de lait dans les champs et les égouts , dans le seul but de pouvoir se faire entendre et faire la une des médias ; ceci sans prendre en considération ce fléau incommensurable de la faim dans le monde… !
Agir, certes, mais cette forme de manifestation doit être désuète de nos jours : on ne peut plus ignorer que plus d’un milliard d’êtres humains souffrent de la
faim dans le monde ! Il est scandaleux de jeter la nourriture, quel qu’en soit le motif !
Plus d’un milliard de personnes, des Européens, des Africains, des Asiatiques vivent leurs derniers instants, faute de nourriture et d’eau, faute de lait ! Une lente et
sournoise famine, qui ne fait aucun bruit, car les victimes n’ont même plus la force d’ouvrir la bouche jusqu’à leur dernier soupir !
C’est aussi cela la misère du monde !
Le refus de la misère, oui !
Autre volet concernant la crise :
Les multinationales se comportent comme s’il n’y avait jamais eu de crise !
La flambée des prix des produits de base sur les marchés internationaux les incitent à chercher de nouvelles terres disponibles à l’agriculture. Cette fois, leurs regards se tournent vers l’Afrique, non pas dans une vocation de solidarité, mais à la recherche de terres agricoles !
La crise alimentaire n’est plus le fléau exclusif de l’Afrique, de l’Asie ; d’autres Etats Occidentaux n’ont plus assez de terres pour nourrir leurs populations et parlent eux aussi de crise alimentaire dans leurs propres pays.
On assiste alors aux investissements de multinationales en Afrique pour louer à des prix dérisoires les terres arables africaines et pouvoir ainsi subvenir aux cultures vivrières nécessaires à l’Occident et développer aussi la culture des agro-carburants.
La course aux terres arables a commencé. La Terre Africaine est devenue l’objet de toutes les convoitises !
Ainsi le géant sud coréen Daewoo aurait conclu un accord avec Madagascar pour la location (à prix dérisoire) de la moitié de ses terres agricoles pour une période de 99 ans afin d’y produire maïs et huile de palme pour la seule exportation vers la Corée.
Alors que 70% des Malgaches vivent en dessous du seuil de pauvreté, seule espérance pour eux : travailler comme manœuvres sur ces terres.
Une ère nouvelle ou retour au néocolonialisme ?
La Corée du Sud n’est pas le seul état à s’intéresser aux terres arables africaines… La Chine, le Japon, Les Emirats Arabes, le Koweit, le Qatar, dépendants eux aussi de l’extérieur pour se nourrir, ont investi les terres agricoles africaines.
Des multinationales européennes, américaines, brésiliennes, canadiennes… sont prêtes à leur emboiter le pas.
Par exemple, le groupe Danone chercherait à installer des fermes géantes en Algérie et en Afrique du Sud pour garantir son approvisionnement en lait, afin de faire face à la flambée du prix du lait en Europe. Curieux paradoxe.
Et pendant ce temps ?
Des milliers et des dizaines et des centaines de milliers d’enfants, de femmes, d’hommes continuent et continueront de mourir de faim et de soif…
Leur terre vaut maintenant de l’or !!! Ils sont expulsés de leurs terres, multinationales obligent !!!
Assistons-nous à un nouveau colonialisme ? un néocolonialisme agraire ?
Cela en prend malheureusement et scandaleusement le chemin… !
L’Afrique dispose d’un large potentiel de terres cultivables, mais faute de pouvoir investir elle-même, ses terres sont maintenant l’objet de toutes les convoitises occidentales, au risque de compromettre l’approvisionnement des marchés locaux, au risque d’aggraver la famine déjà existante, qui a connu ces derniers mois un pic sans précédent…
Ce n’est plus la ruée vers l’or mais la ruée vers un nouvel eldorado : les terres arables de l’Afrique !!!
Alertons l’opinion, alertons les grands de ce monde face aux prémisses d’une pauvreté sans précédent en Afrique ! Refusons cette misère !
Les grands de ce monde devraient avoir le devoir de solidarité. Au lieu de cela, ils sont complices de ce qui se trame aujourd’hui et des conséquences à venir ; les chefs d’Etats Africains, eux aussi, sont les premiers acteurs complices de cette tragédie en devenir, en bradant les terres, mus seulement par l’appât du gain, car leurs concitoyens en seront les premières victimes.
Refusons la misère et crions-le, aujourd’hui, demain et à chaque fois que cela sera nécessaire !!!
C’est un désastre sans précédent qui s’annonce… Nous sommes tous des acteurs du devenir de notre Terre. N’ayons de cesse d’agir chacun à notre échelle, n’ayons de
cesse de répéter et de répéter encore , à nos proches, à nos élus, aux médias, à nos gouvernants qu’il est temps de réagir, qu’il est temps , enfin, que la face du monde prenne les couleurs
de la solidarité, de l’entraide, du partage, les couleurs d’un développement économiquement et humainement durable. Il en va du salut de notre Terre !
Aisha Sylla
FONDATION SYLLA CAAP
toute mon amitié
Fanorise