Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /Avr /2010 21:56

Auteur: Dr SYLLA TATI IBRAHIM
Nous vous invitons à découvrir la suite du second chapître du manuscrit du Dr SYLLA TATI: KUNDARA.
L'errance d'une Afro Européenne ou l'errance de la Negra Europea.

Après des années passées en Europe, Kundara décide de retourner sur a terre de ses Ancêtres, terre africaine...
Voici le début du premier chapître.
Merci de nous faire part de votre avis, suite à cette première lecture. KUNDARA sera publié bientôt au SENEGAL. Nous recherchons des éditeurs en Europe.
Toutes vos idées, suggestions, critiques sont les bienvenues et attendues. Nous pouvons aussi le réécrire ensemble.
Merci!
Le bénéfice de la vente de ce livre sera versé en intégralité au profit des projets de solidarité en Afrique de la FONDATION SYLLA CAAP.

NOTA BENE: ce manuscrit est protégé par son dépôt enregistré à la SGDL, (Société des Gens de Lettres).
Sa reproduction, même partielle, est strictement interdite

 

Assise face à cet océan

La pensée vagabonde au fil des ondes,

Je me suis mise à écrire…

«  Mur des lamentations ou la descente aux enfers »…

Je me suis mise silencieusement à pleurer avec les Bosniaques…

Ce sont les seuls pleurs

Auxquels les médias m’invitaient à participer de tout cœur,

De toute mon âme,

De toutes mes larmes…

Aujourd’hui, je me retrouvais de nouveau seule,

En larmes, face à cet océan,

Témoin de l’enfer de ma solitude.

Et me laissant happer par la douleur de mes souvenirs,

Je voulais évoquer mes mères…

O mes mères !

O combien les événements d’aujourd’hui

Ont-ils donné raison à Frantz Fanon

Quand il disait à Sartre :

« J’ai cru longtemps que les hommes d’Afrique

Ne se battraient pas entre eux.

Hélas, le sang noir coule

Des noirs le font couler

Il coulera longtemps encore :

Les blancs s’en sont allés

Mais restent leurs complices parmi nous.

La dernière bataille du colonisé contre le colon

Sera celle des colonisés entre eux… »

O mes Mères

J’avais 17 ans

Quelque part à Conakry, Coleah,

Le cœur plein d’espérance

J’avais 17 ans

Pour tout confident et ami

L’océan, splendeur et dignité

L’océan face à moi,

Comme une immensité d’espérance,

Les vagues emportaient mes rêves vers le large,

Au delà du monde…

J’avais 17 ans

Et la radio fredonnait

Les noms de Fidel Castro, Che Guevarra, Mao Tse Toung…

Et la radio marmonnait

Notre libération de l’impérialisme occidental

Surtout américain…

J’avais 17 ans

Et je me surprenais à rêver

Rêver mon continent noir

Unifié, sans esclavage…

Quand ?

Quand ?

Quand ?

J’avais 17 ans

Et j’étais sans destin…

Aujourd’hui

O mes Mères !

Vos enfants se sont damnés

Vos enfants ont trahi vos espérances

Ces enfants sortis de vos entrailles

Ont grugé votre sacralité

Envahis par la médiocrité et la misère

Le cœur ensanglanté par l’ignorance, la bêtise

Du pays de Mobutu

O Zaïre !

République du Congo, dit-on maintenant…

Où en es-tu avec Sesse Seko ?

Maintenant qu’il a rejoint ses Ancêtres en enfer…

Où en es-tu avec le soi-disant sauveur

Laurent Désiré , Kabila du nom,

Qui, lui aussi, après nous avoir grugé,

A rejoint ses Ancêtres,

Nous laissant pour tout héritage

Un fils élevé en dictature…

Du Zaïre au Rwanda

Du Rwanda au Burundi

Du Burundi à l’Angola

De l’Angola au Libéria

Du Libéria à l’Ouganda

De l’Ouganda au Sénégal

Du Sénégal à la Mauritanie,

De la Mauritanie au Soudan,

Du Soudan à l’Algérie

L’Algérie, où la nouvelle mode

Est d’égorger des femmes et des enfants

Au nom d’un soi-disant Allah islamiste

Qui plus est, serait extrémiste ;

Ce Dieu, qui, paraît-il , avait élu domicile en Afghanistan,

Egorgeur de femmes et d’enfants

J’en passe et des pires…

C’est donc à coups de hache

Et autres coupes coupes

Que nous taillons court

Dans notre misère,

Notre inhumanité.

A force de nous entendre dire

A force de nous laisser manipuler

A force de nous laisser tenter

A force d’être une terre de recyclage

Pour ex-para, ex-service secret,

Ex GIA, ex GIGN, SISDE,

Et autres carambouilleurs de coups d’état

Autres déstabilisateurs et autres despotes

A force de désirer être autres que nous-mêmes

En costard et cravate dernier cri

Et autres inutilités, comme notre vie…

A force de nous entendre dire qu’on était sans âme,

Nous nous sommes  rendus effectivement

Et nous sommes devenus par la force des choses

Les pestiférés de l’humanité

C’est à coups de hache

Que nous réglons nos différents soi-disant religieux

A coups de purification ethnique

Mais vous Rwandais, mes frères

Mes yeux asséchés par vos atrocités

Mes yeux se sont à jamais obscurcis

Je n’ai même plus la force de me regarder dans un miroir

Sinon à travers vos atrocités

Je suis devenue l’un de ces cadavres repêchés

Ce cadavre qui flotte, qui flotte sur ce fleuve

Dont je ne veux même plus me rappeler le nom…

J’en suis à me demander, mon âme remplie de doutes,

Si quelques soi-disant Ancêtres bénéfiques n’ont jamais existé

J’en suis à me demander, mon âme remplie de doutes,

S’il existe un Dieu , le Dieu d’Abraham,

Si un Mahomet rédempteur,

Si un Christ

Qui auraient pris en charge à jamais mes péchés

N’étaient seulement que pires fantasmes ;

On a beau me dire

On a beau me répéter sur tous les tons

Que le Christ crucifié en Palestine

Est le même par millions

Qui s’est trouvé coupe coupé

Hacheté, déchiqueté au Rwanda ;

Je doute

Je doute

Je doute

O Rwandais

Pour ne pas dire, O Africains,

O mon Sénégal,

Aujourd’hui, le nord tue le sud

La Casamance veut être une République

Encore une guerre ethnique

Le nord contre le sud

Le sud contre le nord

Le Diola veut se rattacher, à coups de fusil,

A la Guinée Bissau

Le Gambien se veut Londonien

Le Oloof se veut maître de ces lieux

Et tous tant qu’ils sont, à qui mieux mieux,

Violent et assassinent la Mère Afrique.

O Dieu, mon Dieu,

Nous sommes tous devenus

Toutes ethnies confondues

Des assassins en puissance.

Si hier, aux yeux de la plupart,

Je n’étais qu’une moins que rien

De vos atrocités

De votre inhumanité

De votre indignité

Je regrette, du plus profond du peu

Qui me reste d’humain

Qui me reste de sensibilité de femme,

D’être votre semblable,

D’être née de mêmes entrailles

Jadis avec vous je pensais

Qu’un certain Adolf Hitler

Avait commis ces crimes contre l’humanité

Parce que blanc, aryen,

Ne tolérant pas que d’autres

Non créés selon lui, à l’image de Dieu,

Selon son credo de dégénéré

S’était mis à penser, lui et ses acolytes,

Que son Dieu, dans sa miséricorde,

Dans son excès de folie en tolérance,

Avait fini par créer n’importe qui,

N’importe comment et n’importe où,

Et avait fini par peupler cette belle terre aryenne,

De Nègres , de Juifs et autres racailles de toutes sortes,

Et de toutes espèces.

Il fallait donc que lui

Mette de l’ordre dans tout ce foutoir !

Il s’en est chargé et comment !

Et c’est ainsi que l’homme

A pu imaginer et réaliser des fours crématoires,

Des chambres à gaz, des tortures,

Mes chers Rwandais,

A force d’écouter vos conseillers en barbarie

Ces ex-quelque chose

Vous avez, à coups de hachette

Pratiquement humaniser Hitler.

Mes chers frères

Je ne puis m’ôter de l’esprit, cette demande :

Si j’avais été là, à vos côtés,

Tutsi ou Huttu, ou autre encore,

Qu’aurais-je fait ?

Aurais-je été

Coupe coupeur

Ou coupe coupé ?

L’atrocité de vos actes, qui en moi,

Comme un cancer, me bouffe les tripes

Je ne puis m’empêcher de penser

Ce que pense certainement

Tout Sénégalais

Tout Ivoirien

Tout Mauritanien

Tout Congolais

Tout Béninois

Tout Libérien

Tout Zoulou

Tout Xhossa…

En un mot, tout Africain,

Qui suis-je ?

Ai-je un futur ?

Dois-je ou non me méfier de moi-même ?

Dois-je ou non me méfier de mon voisin d’infortune ?

Suis-je ou non seulement une ethnie ?

Si oui, que faire des autres ethnies ?

Que puis-je y faire ?

Que dois-je faire ?

Pour simplement me penser

Tout simplement Africaine ?

O mes Mères,

Qu’avez-vous donc commis

Comme péché originel

Dans le jardin d’Eden

Pour que nous soyons aujourd’hui

Les damnés de tous

Mais, surtout les damnés de nous-mêmes !

Mes yeux taris à jamais

Mon corps, mon cœur et mon âme

Ne pouvant plus être arrosés par mes larmes

Peu à peu se sont asséchés, craquelés

Comme gagnés par le désert.

Je n’ai plus rien à offrir à l’humanité,

Je ne suis plus qu’une réfugiée

Errant dans les forêts affamées

Ne sachant plus qui invoquer

Du ciel ou de la terre.

Même la mort n’est plus une délivrance

Pour moi, pour nous…

L es charognards se sont envolés à jamais

Dédaignant ce peu qui reste de moi.

Avec vos gestes

Vos coupes coupes

Vos atrocités

Mes dernières illusions d’humanistes

Mes dernières illusions

Pour avoir quelque chose d’autre à proposer

A ce monde qui peu à peu

A perdu son âme

Et à cet Occident

Industrialisé, mécanisé, matérialiste, capitaliste

Oui, mes dernières illusions

Sont allées se faire foutre

Chez les Rwandais

Les Libériens

Les Zaïrois

Les Sierra Leonais

Les Soudanais

Les Ethiopiens

Les Erythréens

Les Somaliens…

Ce continent , oublié des dieux

Oublié des siens

Oublié de l’Occident

Ce continent qui a perdu ses vertus de tolérance

D’amour du prochain, de teranga

Ce continent que d’aucuns ont baptisé réservoir du sida

Ce continent où femmes et hommes avaient été réduits à l’esclavage

Ce continent qui a perdu sa culture, sa civilisation

Ce continent que l’on a saigné à blanc

Ce continent dont on a confisqué même le devenir

Ce continent qui s’éteint par la force des choses,

Pour que l’Occident s’illumine et ainsi domine le monde…

Pourquoi tant de destructions,

Pourquoi des milliards de femmes, d’enfants, d’hommes

Sont-ils oubliés ainsi,

Sans destin ?…

285666 MEDIUM15

Face à ce grand désastre

Je ne puis que t’implorer

O Soxna Beye

J’avais 17 ans

Tu t’en es allée à l’aube de ma vie…

Tu es partie un matin de déluge

O Grand Mère

Ma solitude

Comme une bombe, fulmine en moi…

O Soxna Beye

Que vais-je devenir

Sans ta sagesse, ton Amour, ta tendresse

Qui m’emmitonnait de bonheur, de courage, d’espérance

J’avais 17 ans

O Soxna Beye

Tu t’en es allée

Tu t’en es allée

A l’aube de mon destin…

Tout a alors basculé.

Ce fut le désappointement de ma vie…

Je prenais conscience

De mon désespoir.

Je n’appartiens pas à la race élue,

La seule créée à l’image de Dieu.

O Grand-Mère

Mon réveil douloureux

Alors pêle mêle

J’entendais parler de

Chu En Lai, Nehru, Sukarno,

D’Houphouet, de Senghor, de Sekou Toure,

Du non alignement, la lutte pour l’indépendance…

O Grand-Mère

Comme tu me manques !

Et dire que c’est à jamais , à jamais…

Quelle désolation…

La douleur, comme une dynamite, explose en moi…

Et c’est encore face à l’océan

Mon confident et ami de toujours,

Que je me remémore

Ton doux et splendide sourire

Ta bonté d’âme

Et surtout la confiance

Que tu avais misée sur mon destin…

O Soxna Beye,

Tes douces paroles en mon âme

Résonnent encore.

Oui, tu me disais :

« Le savoir, la connaissance

Doivent être une libération »

Comme tu disais :

« Un jihad pour toi-même

Sinon mieux vaut l’ignorance »…, disais-tu.

O Grand-Mère

Pourquoi ? Pourquoi 

Ne m’as-tu pas laissé demeurer dans l’ignorance ?

En mon âme

Vibre encore le doux murmure de ton credo

Quand tu me disais :

« Aime toujours et toujours

Car seul l’amour vaut la peine d’être vécu… »

 

« L’amour tout comme la musique

Chasse la haine

Chez ceux qui sont sans amour.

Il donne la paix à ceux

Qui sont sans repos,

Il console ceux qui pleurent. »

 

O Soxna Beye

Ta mémoire berce ma vie à jamais

Et face à l’océan,

Mon confident de toujours,

Je t’implore et te pleure

Comme à l’âge de mes 17 ans…

Par Voix Africaine - Publié dans : Littérature/LITTERATURA
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Retour à l'accueil

Pages

Présentation

Recherche

Images aléatoires

  • Naissance
  • DES FEMMES DE KOUBANAO
  • IMGP1969
  • Kiné et Marie Tati
  • DSCF1948
  • DSCF1236

W3C

  • Flux RSS des articles

Recommander

Texte libre

Faites-nous part  de vos commentaires, faites-nous part de vos pensées, de vos réflexions sur quelque thème que ce soit; VOIX AFRICAINE se veut un lieu de partage, de découverte, d’apprentissage, de connaissance, ouvert sur le monde, ouvert à toutes les cultures, ouvert à toutes les femmes, tous les hommes de bonne volonté, pour qui l’autre est un élément fondamental, un être indispensable à son existence! Voix Africaine se veut un espace social, économique, politique, culturel; veut mener une réflexion sur les Etats Unis d'Afrique! Merci de votre participation!

Retrouvez-nous également sur PAPER.LI!

 
 

 

Joom Butik

 

 

Affiche FIFP 2010

Festival International du Film Panafricain

Cannes

AVRIL 2012

 


 

 

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés