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Auteur: Dr SYLLA TATI IBRAHIM
Nous vous invitons à découvrir la suite du second chapître du manuscrit du Dr SYLLA TATI:
KUNDARA.
L'errance d'une Afro Européenne ou l'errance de la Negra Europea.
Après des années passées en Europe, Kundara décide de retourner sur a terre de ses Ancêtres, terre africaine...
Voici le début du premier chapître.
Merci de nous faire part de votre avis, suite à cette première lecture. KUNDARA sera publié bientôt au SENEGAL. Nous recherchons des éditeurs en Europe.
Toutes vos idées, suggestions, critiques sont les bienvenues et attendues. Nous pouvons aussi le réécrire ensemble.
Merci!
Le bénéfice de la vente de ce livre sera versé en intégralité au profit des projets de solidarité en Afrique de la FONDATION SYLLA CAAP.
NOTA BENE: ce manuscrit est protégé par son dépôt enregistré à la SGDL, (Société des Gens de Lettres).
Sa reproduction, même partielle, est strictement interdite
Assise face à cet océan
La pensée vagabonde au fil des ondes,
Je me suis mise à écrire…
« Mur des lamentations ou la descente aux enfers »…
Je me suis mise silencieusement à pleurer avec les Bosniaques…
Ce sont les seuls pleurs
Auxquels les médias m’invitaient à participer de tout cœur,
De toute mon âme,
De toutes mes larmes…
Aujourd’hui, je me retrouvais de nouveau seule,
En larmes, face à cet océan,
Témoin de l’enfer de ma solitude.
Et me laissant happer par la douleur de mes souvenirs,
Je voulais évoquer mes mères…
O mes mères !
O combien les événements d’aujourd’hui
Ont-ils donné raison à Frantz Fanon
Quand il disait à Sartre :
« J’ai cru longtemps que les hommes d’Afrique
Ne se battraient pas entre eux.
Hélas, le sang noir coule
Des noirs le font couler
Il coulera longtemps encore :
Les blancs s’en sont allés
Mais restent leurs complices parmi nous.
La dernière bataille du colonisé contre le colon
Sera celle des colonisés entre eux… »
O mes Mères
J’avais 17 ans
Quelque part à Conakry, Coleah,
Le cœur plein d’espérance
J’avais 17 ans
Pour tout confident et ami
L’océan, splendeur et dignité
L’océan face à moi,
Comme une immensité d’espérance,
Les vagues emportaient mes rêves vers le large,
Au delà du monde…
J’avais 17 ans
Et la radio fredonnait
Les noms de Fidel Castro, Che Guevarra, Mao Tse Toung…
Et la radio marmonnait
Notre libération de l’impérialisme occidental
Surtout américain…
J’avais 17 ans
Et je me surprenais à rêver
Rêver mon continent noir
Unifié, sans esclavage…
Quand ?
Quand ?
Quand ?
J’avais 17 ans
Et j’étais sans destin…
Aujourd’hui
O mes Mères !
Vos enfants se sont damnés
Vos enfants ont trahi vos espérances
Ces enfants sortis de vos entrailles
Ont grugé votre sacralité
Envahis par la médiocrité et la misère
Le cœur ensanglanté par l’ignorance, la bêtise
Du pays de Mobutu
O Zaïre !
République du Congo, dit-on maintenant…
Où en es-tu avec Sesse Seko ?
Maintenant qu’il a rejoint ses Ancêtres en enfer…
Où en es-tu avec le soi-disant sauveur
Laurent Désiré , Kabila du nom,
Qui, lui aussi, après nous avoir grugé,
A rejoint ses Ancêtres,
Nous laissant pour tout héritage
Un fils élevé en dictature…
Du Zaïre au Rwanda
Du Rwanda au Burundi
Du Burundi à l’Angola
De l’Angola au Libéria
Du Libéria à l’Ouganda
De l’Ouganda au Sénégal
Du Sénégal à la Mauritanie,
De la Mauritanie au Soudan,
Du Soudan à l’Algérie
L’Algérie, où la nouvelle mode
Est d’égorger des femmes et des enfants
Au nom d’un soi-disant Allah islamiste
Qui plus est, serait extrémiste ;
Ce Dieu, qui, paraît-il , avait élu domicile en Afghanistan,
Egorgeur de femmes et d’enfants
J’en passe et des pires…
C’est donc à coups de hache
Et autres coupes coupes
Que nous taillons court
Dans notre misère,
Notre inhumanité.
A force de nous entendre dire
A force de nous laisser manipuler
A force de nous laisser tenter
A force d’être une terre de recyclage
Pour ex-para, ex-service secret,
Ex GIA, ex GIGN, SISDE,
Et autres carambouilleurs de coups d’état
Autres déstabilisateurs et autres despotes
A force de désirer être autres que nous-mêmes
En costard et cravate dernier cri
Et autres inutilités, comme notre vie…
A force de nous entendre dire qu’on était sans âme,
Nous nous sommes rendus effectivement
Et nous sommes devenus par la force des choses
Les pestiférés de l’humanité
C’est à coups de hache
Que nous réglons nos différents soi-disant religieux
A coups de purification ethnique
Mais vous Rwandais, mes frères
Mes yeux asséchés par vos atrocités
Mes yeux se sont à jamais obscurcis
Je n’ai même plus la force de me regarder dans un miroir
Sinon à travers vos atrocités
Je suis devenue l’un de ces cadavres repêchés
Ce cadavre qui flotte, qui flotte sur ce fleuve
Dont je ne veux même plus me rappeler le nom…
J’en suis à me demander, mon âme remplie de doutes,
Si quelques soi-disant Ancêtres bénéfiques n’ont jamais existé
J’en suis à me demander, mon âme remplie de doutes,
S’il existe un Dieu , le Dieu d’Abraham,
Si un Mahomet rédempteur,
Si un Christ
Qui auraient pris en charge à jamais mes péchés
N’étaient seulement que pires fantasmes ;
On a beau me dire
On a beau me répéter sur tous les tons
Que le Christ crucifié en Palestine
Est le même par millions
Qui s’est trouvé coupe coupé
Hacheté, déchiqueté au Rwanda ;
Je doute
Je doute
Je doute
O Rwandais
Pour ne pas dire, O Africains,
O mon Sénégal,
Aujourd’hui, le nord tue le sud
La Casamance veut être une République
Encore une guerre ethnique
Le nord contre le sud
Le sud contre le nord
Le Diola veut se rattacher, à coups de fusil,
A la Guinée Bissau
Le Gambien se veut Londonien
Le Oloof se veut maître de ces lieux
Et tous tant qu’ils sont, à qui mieux mieux,
Violent et assassinent la Mère Afrique.
O Dieu, mon Dieu,
Nous sommes tous devenus
Toutes ethnies confondues
Des assassins en puissance.
Si hier, aux yeux de la plupart,
Je n’étais qu’une moins que rien
De vos atrocités
De votre inhumanité
De votre indignité
Je regrette, du plus profond du peu
Qui me reste d’humain
Qui me reste de sensibilité de femme,
D’être votre semblable,
D’être née de mêmes entrailles
Jadis avec vous je pensais
Qu’un certain Adolf Hitler
Avait commis ces crimes contre l’humanité
Parce que blanc, aryen,
Ne tolérant pas que d’autres
Non créés selon lui, à l’image de Dieu,
Selon son credo de dégénéré
S’était mis à penser, lui et ses acolytes,
Que son Dieu, dans sa miséricorde,
Dans son excès de folie en tolérance,
Avait fini par créer n’importe qui,
N’importe comment et n’importe où,
Et avait fini par peupler cette belle terre aryenne,
De Nègres , de Juifs et autres racailles de toutes sortes,
Et de toutes espèces.
Il fallait donc que lui
Mette de l’ordre dans tout ce foutoir !
Il s’en est chargé et comment !
Et c’est ainsi que l’homme
A pu imaginer et réaliser des fours crématoires,
Des chambres à gaz, des tortures,
Mes chers Rwandais,
A force d’écouter vos conseillers en barbarie
Ces ex-quelque chose
Vous avez, à coups de hachette
Pratiquement humaniser Hitler.
Mes chers frères
Je ne puis m’ôter de l’esprit, cette demande :
Si j’avais été là, à vos côtés,
Tutsi ou Huttu, ou autre encore,
Qu’aurais-je fait ?
Aurais-je été
Coupe coupeur
Ou coupe coupé ?
L’atrocité de vos actes, qui en moi,
Comme un cancer, me bouffe les tripes
Je ne puis m’empêcher de penser
Ce que pense certainement
Tout Sénégalais
Tout Ivoirien
Tout Mauritanien
Tout Congolais
Tout Béninois
Tout Libérien
Tout Zoulou
Tout Xhossa…
En un mot, tout Africain,
Qui suis-je ?
Ai-je un futur ?
Dois-je ou non me méfier de moi-même ?
Dois-je ou non me méfier de mon voisin d’infortune ?
Suis-je ou non seulement une ethnie ?
Si oui, que faire des autres ethnies ?
Que puis-je y faire ?
Que dois-je faire ?
Pour simplement me penser
Tout simplement Africaine ?
O mes Mères,
Qu’avez-vous donc commis
Comme péché originel
Dans le jardin d’Eden
Pour que nous soyons aujourd’hui
Les damnés de tous
Mais, surtout les damnés de nous-mêmes !
Mes yeux taris à jamais
Mon corps, mon cœur et mon âme
Ne pouvant plus être arrosés par mes larmes
Peu à peu se sont asséchés, craquelés
Comme gagnés par le désert.
Je n’ai plus rien à offrir à l’humanité,
Je ne suis plus qu’une réfugiée
Errant dans les forêts affamées
Ne sachant plus qui invoquer
Du ciel ou de la terre.
Même la mort n’est plus une délivrance
Pour moi, pour nous…
L es charognards se sont envolés à jamais
Dédaignant ce peu qui reste de moi.
Avec vos gestes
Vos coupes coupes
Vos atrocités
Mes dernières illusions d’humanistes
Mes dernières illusions
Pour avoir quelque chose d’autre à proposer
A ce monde qui peu à peu
A perdu son âme
Et à cet Occident
Industrialisé, mécanisé, matérialiste, capitaliste
Oui, mes dernières illusions
Sont allées se faire foutre
Chez les Rwandais
Les Libériens
Les Zaïrois
Les Sierra Leonais
Les Soudanais
Les Ethiopiens
Les Erythréens
Les Somaliens…
Ce continent , oublié des dieux
Oublié des siens
Oublié de l’Occident
Ce continent qui a perdu ses vertus de tolérance
D’amour du prochain, de teranga
Ce continent que d’aucuns ont baptisé réservoir du sida
Ce continent où femmes et hommes avaient été réduits à l’esclavage
Ce continent qui a perdu sa culture, sa civilisation
Ce continent que l’on a saigné à blanc
Ce continent dont on a confisqué même le devenir
Ce continent qui s’éteint par la force des choses,
Pour que l’Occident s’illumine et ainsi domine le monde…
Pourquoi tant de destructions,
Pourquoi des milliards de femmes, d’enfants, d’hommes
Sont-ils oubliés ainsi,
Sans destin ?…
Face à ce grand désastre
Je ne puis que t’implorer
O Soxna Beye
J’avais 17 ans
Tu t’en es allée à l’aube de ma vie…
Tu es partie un matin de déluge
O Grand Mère
Ma solitude
Comme une bombe, fulmine en moi…
O Soxna Beye
Que vais-je devenir
Sans ta sagesse, ton Amour, ta tendresse
Qui m’emmitonnait de bonheur, de courage, d’espérance
J’avais 17 ans
O Soxna Beye
Tu t’en es allée
Tu t’en es allée
A l’aube de mon destin…
Tout a alors basculé.
Ce fut le désappointement de ma vie…
Je prenais conscience
De mon désespoir.
Je n’appartiens pas à la race élue,
La seule créée à l’image de Dieu.
O Grand-Mère
Mon réveil douloureux
Alors pêle mêle
J’entendais parler de
Chu En Lai, Nehru, Sukarno,
D’Houphouet, de Senghor, de Sekou Toure,
Du non alignement, la lutte pour l’indépendance…
O Grand-Mère
Comme tu me manques !
Et dire que c’est à jamais , à jamais…
Quelle désolation…
La douleur, comme une dynamite, explose en moi…
Et c’est encore face à l’océan
Mon confident et ami de toujours,
Que je me remémore
Ton doux et splendide sourire
Ta bonté d’âme
Et surtout la confiance
Que tu avais misée sur mon destin…
O Soxna Beye,
Tes douces paroles en mon âme
Résonnent encore.
Oui, tu me disais :
« Le savoir, la connaissance
Doivent être une libération »
Comme tu disais :
« Un jihad pour toi-même
Sinon mieux vaut l’ignorance »…, disais-tu.
O Grand-Mère
Pourquoi ? Pourquoi
Ne m’as-tu pas laissé demeurer dans l’ignorance ?
En mon âme
Vibre encore le doux murmure de ton credo
Quand tu me disais :
« Aime toujours et toujours
Car seul l’amour vaut la peine d’être vécu… »
« L’amour tout comme la musique
Chasse la haine
Chez ceux qui sont sans amour.
Il donne la paix à ceux
Qui sont sans repos,
Il console ceux qui pleurent. »
O Soxna Beye
Ta mémoire berce ma vie à jamais
Et face à l’océan,
Mon confident de toujours,
Je t’implore et te pleure
Comme à l’âge de mes 17 ans…
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