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Auteur: Dr SYLLA TATI IBRAHIM
Nous vous invitons à découvrir la suite du troisième chapitre du manuscrit du Dr SYLLA TATI: KUNDARA.
L'errance d'une Afro Européenne ou l'errance de la Negra Europea.
Après des années passées en Europe, Kundara décide de retourner sur a terre de ses Ancêtres, terre africaine...
Merci de nous faire part de votre avis, suite à cette première lecture. KUNDARA sera publié bientôt au SENEGAL. Nous recherchons des éditeurs en Europe.
Toutes vos idées, suggestions, critiques sont les bienvenues et attendues. Nous pouvons aussi le réécrire ensemble.
Merci!
Le bénéfice de la vente de ce livre sera versé en intégralité au profit des projets de solidarité en Afrique de la FONDATION SYLLA CAAP.
NOTA BENE: ce manuscrit est protégé par son dépôt enregistré à la SGDL, (Société des Gens de Lettres).
Sa reproduction, même partielle, est strictement interdite
Les jours de cafard
De l’autre côté de la Manche,
Dans les couloirs du métro,
Je ne cessais de me remémorer
Mon enfance…
Cette enfance lointaine
Seul moment d’insouciance de ma vie
Seul moment de merveilleux
Cette enfance pleine de dignité…
Je me remémorais…
Coleah sur la colline, qui surplombait la mer,
Enfant, je jouais sur la plage
Faisant face aux vagues
Qui venaient s’échouer sur les rochers…
(Coleah, mai 2010)
Je me voyais encore enfant
Sur les genoux de ma grand-mère
Transportée par la magie de ses contes…
Enfance lointaine
Où tout n’était que dignité
Bonté et beauté d’âme…
Issue d’une dynastie
De la grande noblesse africaine
Où tout n’était que
Splendeur de l’âme
Mon enfance merveilleuse
Mon enfance insouciante
Saveur du bonheur
Saveur de la dignité
Saveur à jamais perdue
Dans les affres de l’oubli
Du pays de mes songes…
Perdue dans mes désespoirs
Un couloir de métro, un jour de grand brouillard
Un couloir de métro où le soleil ne filtrait jamais
Pensant à mon enfance si lointaine
O pays de mes souvenirs perdus
Ton initiation goutte à goutte
Hors de moi s’en est allée…
Au fil des jours de brouillard
Ricane, mon bel et riche occidental
Toi le maître de ces ténèbres
Le long couloir infini de ce métro
Des entrailles parisiennes
O ma terre, où es-tu ?
Assise dans ce ténébreux couloir métropolitain
O pays des miséreux
Pays de tous mes maux
Ton initiation manque
A l’aube de ma dite civilisation
Toi, qui sur moi ricane
Mon brave aryen
Sais-tu seulement que j’avais une belle terre ?
Terre fertile, verdoyante,
Terre aux multiples lacs
Terre des plus grands fleuves
Joliba, Sénégal, Niger, le Nil,
J’en passe et des plus sacrés…
Terre de rires et d’insouciance
Terre de franche fraternité
Terre d’amour
Terre de solidarité
Terre d’accueil
Terre communautaire…
Tourmentée par ce que j’allais découvrir
Après de nombreuses hésitations
J’atteignis les premiers baraquements de la ville…
Abris de tôles ondulées et de planches à perte de vue,
Dominés par le lointain
Par quelques immeubles déjà défraîchis par les âges
Dans les ruelles aux odeurs putrides
Tout un fouillis précaire
De vélos, immondices, sacs plastiques à l’infini
De carcasses de camion et autres détritus
D’amas de ferraille, de portières de voitures
Seuls objets qui survivaient à ce délabrement.
Délabrement dû à notre course folle
A en perdre la raison
Notre course folle
Pour sombrer dans l’abîme
De cette soi-disant économie de marché
Feignant d’oublier notre grandeur du passé
Passé qui n’avait, pour seule valeur économique
Que le don, le partage et le xadim…
Aujourd’hui, c’est à prix très très fort
Que nous payons notre manque d’imagination
A force de tant vouloir singer les ex-maîtres
Nous sommes plus que jamais
Devenus les damnés de la terre et du ciel
Dans un pays qui compte plus d’un fonctionnaire par habitant
Dans un pays qui compte plus de fonctionnaires que d’exploitants agricoles,
Dans un pays qui compte plus de fonctionnaires que d’artisans,
Dans un pays qui compte plus de fonctionnaires que d’ouvriers,
Dans un pays qui compte plus de fonctionnaires que de chefs d’entreprise,
Comment peut-on appliquer
Des lois de rigueur budgétaire
Sans parler de cette fameuse dette
Que bêtement l’on accepte de négocier
De rembourser ou d’en quémander à genoux
Son annulation.
L’on devrait plutôt acculer les excolonisateurs
A payer le prix fort du désastre
Qu’ils ont eux-mêmes pérennisé
L’on devrait plutôt acculer les excolonisateurs
A tenir compte de nos différences
Et à ne pas avaler
La pillule de la globalisation
Comme jadis la pillule de la colonisation.
Et dehors dans la rue, tout autour de moi,
Ce n’était que cacophonies de klaxons, de crissements, de piaillements
Qui déjà, dominaient la longue plainte de l’océan…
Et les gosses dans la rue
De jouer avec insouciance
Dans tout ce fatras…
O mon enfance où es-tu ?
Ma terre promise ?
Un ramassis de toute la misère du monde…
Je déambulais entre les amas d’immondices
Les regards de souffrance, de perplexité qui m’interpellaient
Des abris de fortune
Des boutiques, des cafés où railleries et beuveries allaient bon train…
Tout s’était détérioré si vite…
Malgré tout
Mon pays gardait son éternelle pointe d’authenticité :
La vérité si criarde, si provocante
De sa soi-disant déchéance.
Ces petits gueux
Comme les appelaient ces Occidentaux
Qui n’avaient pour seul héritage
Que les haillons de leur colonisation, de leur esclavage…,
Avaient pourtant eu la sagesse de ne point savoir
Ce qu’était l’économie de marché
Ils appliquaient dans leur vie quotidienne
L ‘économie ancestrale du don et du partage :
Ces petits gueux
Méprisés par les grands docteurs es-économie
Etaient pourtant par milliers
A l’abri de la faim et du dénuement total.
Ils refusaient cette fatalité
Que subissent SDF et autres marginalisés
De France, de Navarre et d’ailleurs…
Je déambulais entre les amas d’immondices
Les regards de souffrance, de perplexité qui m’interpellaient
De part et d’autre de l’océan
Les rancunes, les ambitions personnelles
La politique politicienne, les incompréhensions
Les forfaitures, les mensonges, les médiocrités,
Avaient triomphé.
De part et d’autre de l’océan,
C’est l’intelligence qui avait été vaincue…
La colonisation aurait pu être vaincue…
La colonisation aurait pu être une transition
Vers une vraie solidarité
Vers le respect de la dignité de chacun des peuples
Transition vers la création d’une vraie et authentique confédération.
Etait-ce si utopique que cela ?
Si seulement les intérêts de chacun avaient été mis en commun
Sous la forme d’une confédération…
Mais aucun projet humain
Manque de clairvoyance…
Qui a contribué à créer la catastrophe actuelle
L’une des causes de la future guerre entre pauvres
Et pire, entre d’un côté
Les pauvres du continent africain
Qui sont de plus en plus pauvres
Et les riches d’Occident
Qui deviennent de plus en plus riches…
Je comprenais alors
Le rêve
Des jeunes Africains d’aujourd’hui :
User de toute leur énergie, de leurs quelques deniers,
Pour déserter l’Afrique
Et courir ventre à terre
Vers le soi-disant Eldorado occidental
Même au prix de perdre leur propre dignité
En devenant encore une fois esclave
Subalterne de l’Européen…
Comble du désespoir,
C’est l’Africain lui-même qui,
Comme un objet,
Vient se vendre sur le marché européen…
L’Afrique, encore une fois, se désertifie…
Ceux qui devaient la construire
Ont abandonné le navire comme des rats…
Ce flux massif
Ne va-t-il pas générer chez d’aucuns
La tentation d’un nouveau facisme
Qui pourrait dégénérer
En une autre guerre mondiale…
Jets de pierres contre les bombes atomiques.
Qui sait ?
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AVRIL 2012
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