Dimanche 13 juin 2010 7 13 /06 /Juin /2010 01:14

Auteur: Dr SYLLA TATI IBRAHIM
Nous vous invitons à découvrir la suite du troisième chapitre du manuscrit du Dr SYLLA TATI: KUNDARA.
L'errance d'une Afro Européenne ou l'errance de la Negra Europea.

Après des années passées en Europe, Kundara décide de retourner sur a terre de ses Ancêtres, terre africaine...

Merci de nous faire part de votre avis, suite à cette première lecture. KUNDARA sera publié bientôt au SENEGAL. Nous recherchons des éditeurs en Europe.
Toutes vos idées, suggestions, critiques sont les bienvenues et attendues. Nous pouvons aussi le réécrire ensemble.
Merci!
Le bénéfice de la vente de ce livre sera versé en intégralité au profit des projets de solidarité en Afrique de la FONDATION SYLLA CAAP.

NOTA BENE: ce manuscrit est protégé par son dépôt enregistré à la SGDL, (Société des Gens de Lettres).
Sa reproduction, même partielle, est strictement interdite


Les jours de cafard

De l’autre côté de la Manche,

Dans les couloirs du métro,

Je ne cessais de me remémorer

Mon enfance…

Cette enfance lointaine

Seul moment d’insouciance de ma vie

Seul moment de merveilleux

Cette enfance pleine de dignité…

Je me remémorais…

Coleah sur la colline, qui surplombait la mer,

Enfant, je jouais sur la plage

Faisant face aux vagues

Qui venaient s’échouer sur les rochers…

 

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(Coleah, mai 2010)

 

Je me voyais encore enfant

Sur les genoux de ma grand-mère

Transportée par la magie de ses contes…

Enfance lointaine

Où tout n’était que dignité

Bonté et beauté d’âme…

Issue d’une dynastie

De la grande noblesse africaine

Où tout n’était que

Splendeur de l’âme

Mon enfance merveilleuse

Mon enfance insouciante

Saveur du bonheur

Saveur de la dignité

Saveur à jamais perdue

Dans les affres de l’oubli

Du pays de mes songes…

 

Perdue dans mes désespoirs

Un couloir de métro, un jour de grand brouillard

Un couloir de métro où le soleil ne filtrait jamais

Pensant à mon enfance si lointaine

O pays de mes souvenirs perdus

Ton initiation goutte à goutte

Hors de moi s’en est allée…

Au fil des jours de brouillard

Ricane, mon bel et riche occidental

Toi le maître de ces ténèbres

Le long couloir infini de ce métro

Des entrailles parisiennes

O ma terre, où es-tu ?

Assise dans ce ténébreux couloir métropolitain

O pays des miséreux

Pays de tous mes maux

Ton initiation manque

A l’aube de ma dite civilisation

Toi, qui sur moi ricane

Mon brave aryen

Sais-tu seulement que j’avais une belle terre ?

Terre fertile, verdoyante,

Terre aux multiples lacs

Terre des plus grands fleuves

Joliba, Sénégal, Niger, le Nil,

J’en passe et des plus sacrés…

Terre de rires et d’insouciance

Terre de franche fraternité

Terre d’amour

Terre de solidarité

Terre d’accueil

Terre communautaire…

 

Tourmentée par ce que j’allais découvrir

Après de nombreuses hésitations

J’atteignis les premiers baraquements de la ville…

Abris de tôles ondulées et de planches à perte de vue,

Dominés par le lointain

Par quelques immeubles déjà défraîchis par les âges

Dans les ruelles aux odeurs putrides

Tout un fouillis précaire

De vélos, immondices, sacs plastiques à l’infini

De carcasses de camion et autres détritus

D’amas de ferraille, de portières de voitures

Seuls objets qui survivaient à ce délabrement.

Délabrement dû à notre course folle

A en perdre la raison

Notre course folle

Pour sombrer dans l’abîme

De cette soi-disant économie de marché

Feignant d’oublier notre grandeur du passé

Passé qui n’avait, pour seule valeur économique

Que le don, le partage et le xadim…

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Aujourd’hui, c’est à prix très très fort

Que nous payons notre manque d’imagination

A force de tant vouloir singer les ex-maîtres

Nous sommes plus que jamais

Devenus les damnés de la terre et du ciel

Dans un pays qui compte plus d’un fonctionnaire par habitant

Dans un pays qui compte plus de fonctionnaires que d’exploitants agricoles,

Dans un pays qui compte plus de fonctionnaires que d’artisans,

Dans un pays qui compte plus de fonctionnaires que d’ouvriers,

Dans un pays qui compte plus de fonctionnaires que de chefs d’entreprise,

Comment peut-on appliquer

Des lois de rigueur budgétaire

Sans parler de cette fameuse dette

Que bêtement l’on accepte de négocier

De rembourser ou d’en quémander à genoux

Son annulation.

L’on devrait plutôt acculer les excolonisateurs

A payer le prix fort du désastre

Qu’ils ont eux-mêmes pérennisé

L’on devrait plutôt acculer les excolonisateurs

A tenir compte de nos différences

Et à ne pas avaler

La pillule de la globalisation

Comme jadis la pillule de la colonisation.

 

Et dehors dans la rue, tout autour de moi,

Ce n’était que cacophonies de klaxons, de crissements, de piaillements

Qui déjà, dominaient la longue plainte de l’océan…

Et les gosses dans la rue

De jouer avec insouciance

Dans tout ce fatras…

O mon enfance où es-tu ?

Ma terre promise ?

Un ramassis de toute la misère du monde…

 

Je déambulais entre les amas d’immondices

Les regards de souffrance, de perplexité qui m’interpellaient

Des abris de fortune

Des boutiques, des cafés où railleries et beuveries allaient bon train…

Tout s’était détérioré si vite…

Malgré tout

Mon pays gardait son éternelle pointe d’authenticité :

La vérité si criarde, si provocante

De sa soi-disant déchéance.

Ces petits gueux

Comme les appelaient ces Occidentaux

Qui n’avaient pour seul héritage

Que les haillons de leur colonisation, de leur esclavage…,

Avaient pourtant eu la sagesse de ne point savoir

Ce qu’était l’économie de marché

Ils appliquaient dans leur vie quotidienne

L ‘économie ancestrale du don et du partage :

Ces petits gueux

Méprisés par les grands docteurs es-économie

Etaient pourtant par milliers

A l’abri de la faim et du dénuement total.

Ils refusaient cette fatalité

Que subissent SDF et autres marginalisés

De France, de Navarre et d’ailleurs…

 

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Je déambulais entre les amas d’immondices

Les regards de souffrance, de perplexité qui m’interpellaient

De part et d’autre de l’océan

Les rancunes, les ambitions personnelles

La politique politicienne, les incompréhensions

Les forfaitures, les mensonges, les médiocrités,

Avaient triomphé.

De part et d’autre de l’océan,

C’est l’intelligence qui avait été vaincue…

La colonisation aurait pu être vaincue…

La colonisation aurait pu être une transition

Vers une vraie solidarité

Vers le respect de la dignité de chacun des peuples

Transition vers la création d’une vraie et authentique confédération.

Etait-ce si utopique que cela ?

Si seulement les intérêts de chacun avaient été mis en commun

Sous la forme d’une confédération…

Mais aucun projet humain

Manque de clairvoyance…

Qui a contribué à créer la catastrophe actuelle

L’une des causes de la future guerre entre pauvres

Et pire, entre d’un côté

Les pauvres du continent africain

Qui sont de plus en plus pauvres

Et les riches d’Occident

Qui deviennent de plus en plus riches…

Je comprenais alors

Le rêve

Des jeunes Africains d’aujourd’hui :

User de toute leur énergie, de leurs quelques deniers,

Pour déserter l’Afrique

Et courir ventre à terre

Vers le soi-disant Eldorado occidental

Même au prix de perdre leur propre dignité

En devenant encore une fois esclave

Subalterne de l’Européen…

Comble du désespoir,

C’est l’Africain lui-même qui,

Comme un objet,

Vient se vendre sur le marché européen…

L’Afrique, encore une fois, se désertifie…

Ceux qui devaient la construire

Ont abandonné le navire comme des rats…

Ce flux massif

Ne va-t-il pas générer chez d’aucuns

La tentation d’un nouveau facisme

Qui pourrait dégénérer

En une autre guerre mondiale…

Jets de pierres contre les bombes atomiques.

Qui sait ?

 

Par Voix Africaine - Publié dans : Littérature/LITTERATURA
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