Mardi 29 décembre 2009 2 29 /12 /Déc /2009 00:21

Auteur: Dr SYLLA TATI IBRAHIM
En avant première, nous vous invitons à découvrir une partie du manuscrit du             Dr SYLLA TATI: KUNDARA.
L'errance d'une Afro Européenne ou l'errance de la Negra Europea.

Après des années passées en Europe, Kundara décide de retourner sur a terre de ses Ancêtres, terre africaine...
Voici le début du premier chapître.
Merci de nous faire part de votre avis, suite à cette premiüre lecture. KUNDARA sera publié bientôt au SENEGAL. Nous recherchons des éditeurs en Europe.
Toutes vos idées, suggestions, critiques sont les bienvenues et attendues. Nous pouvons aussi le réécrire ensemble.
Merci!
Le bénéfice de la vente de ce livre sera versé en intégralité au profit des projets de solidarité en Afrique de la FONDATION SYLLA CAAP.

NOTA BENE: ce manuscrit est protégé par son dépôt enregistré à la SGDL, (Société des gens de lettres).
Sa reproduction, même partielle, est strictement interdite.

 KUNDARA
CHAPITRE A

 Un bruit de vagues...

Une saveur moite sur les lèvres...

A l’Orient, malgré la bise venue du large,

Le soleil accablait déjà

Par sa torpeur lancinante...

 terre.jpg

Assise sur le sable brûlant,

Le dos à l’océan,

Cet océan

Qui vrombissait derrière moi

Comme s’il venait de me vomir,

Refluant dans l’aube étouffante,

Vers l’infini des temps...

Vers cet autre là bas,

Pays de mes chimères...

 

Quelle vie insignifiante j’avais vécue !

J’avais passé plusieurs années

A bourlinguer

Entre la rue de Bercy,

La Courneuve, Aubervilliers,

Les Minguettes et j’en passe...

A me gouasser

Dans le non dit, le non être,

A me bafouer

Dans la honte et le mensonge...

Plusieurs années

Sans avoir réussi à concrétiser,

Ne serait-ce même

Que les prémisses d’une de mes espérances :

Année après année,

Pendant lesquelles

Tous mes projets avaient avorté...

Des années entières

Pour rien...

Des années de regret,

Regret du non dit,

Regret du non fait,

Regret du non être,

Tout un éternel recommencement

Jusqu’à l’écœurement...

 

Aujourd’hui

Je venais d’échouer

De ce côté de l’océan,

Terre de mes Ancêtres...

J’avais débarqué

Quelques heures auparavant

A l’aéroport Yoff :

Ses porteurs qui vous assaillent de toutes parts,

La cohue pour récupérer mes papiers, mon sac...

Et puis dehors, au loin, dans la chaleur oppressante,

La grand ville tumultueuse...

Cette rue principale

Bondée de bus bariolés, vélos ou deux roues en tout genre,

Des femmes , des enfants, des hommes

Qui fourmillent tout le long de cette artère...

Grand ville à cœur meurtri...

Des abris de tôles, des baraquements de terre, de planches,

A la périphérie

Et puis le quartier des baraques en dur...

Le centre ville

Un tant soit peu délabré,

Et enfin l’océan...

J’avais demandé au chauffeur du taxi

De me conduire directement sur la plage

Mon seul désir du moment

Avait été de contempler cet océan,

M’asseoir, réaliser que je venais

De fouler la terre de mes Ancêtres...

 

Assise sur le sable brûlant

Je n’avais plus qu’une seule pensée :

Fermer les yeux...

Cracher au loin

Toutes les chimères de ce passé...

Ne plus penser...

 

 coucher-soleil-et-pecheurs.gif

Goûter seulement cet instant

Que je voulais suprême.

J’étais assise,

Le dos à l’océan...

Et cet océan

Qui grondait derrière moi,

Inlassablement...

Tout pouvait-il être recommencé ?

Intimement

Et au plus profond de mon être,

J’en doutais...

Peut-être

Etais-je en quête

De quelque chose,

D’un nouveau destin,

Ou peut-être rien...

 

Tout semblait si confus...

Quoi dire maintenant ?

Quoi penser en cet instant ?

Ephémère instant d’un néant...

Perplexité...

 

Un sac de cuir,

Marqué des empreintes du temps,

Gisait à côté de moi ...

Et c’était là mon seul bien,

Après toutes ces années...

J’y avais fourré pêle mêle

Vêtements, livres, poèmes,

Et précieusement plié au fond de mon sac,

L’ultime pagne

Que je tenais de ma grand-mère,

Seul lien encore avec mes Ancêtres,

Ultime effort,

Ultime refus,

D’être perçue comme une toubab noire...

 

Tout s’était passé si vite !

Cette nuit

Avant l’embarquement vers ma terre promise,

Je n’avais pas osé imaginer cet instant !

Hier encore,

Je courais dans le tumulte d’une autre grande ville,

Là bas, si loin,

Sur l’autre rive de la Méditerranée...

J’y avais fait mes derniers adieux,

Expédié mes dernières lettres.

J’avais encore en mémoire

Les quelques mots

Que j’avais griffonnés à X :

Je les avais remerciés tous,

Pour cette fête à Dorno :

Quelques heures de concert

Dédiées à la lutte contre le racisme,

Contre ces milliers de morts d’enfants,

(Morts dans l’indifférence,

               Nègres pour la plupart),

Pour le droit à la dignité humaine...

Oui,

Je leur avais envoyé

Quelques lignes écrites en italien,

Comme pour éterniser à jamais,

Toute l’espérance

Qui m’avait alors animée...

« Un questo meraviglioso ottavo giorno, del sesto mese,

Dell’anno di grazia mille nove cento e qualcosa,

In verità ve lo dico,

Infatti, sono i giorni come quest’oggi,

Che mi rendono

Estremamente felice

Di appartenere alla razza umana!

Ma purtroppo, molti utilizzano la loro esistenza per dire:

Soltanto e per sempre…

Mi piacerebbe:Amare

Mi piacerebbe: Avere buon cuore

Mi piacerebbe: Vivere felice

Mi piacerebbe: Dare felicità

Mi piacerebbe: Far felice tutti quanti

Mi piacerebbe: Essere un’essere di pace

Mi piacerebbe: La non violenza

Mi piacerebbe: Dare solo speranza a tutti

Mi piacerebbe: Far mio credo la tolleranza

Mi piacerebbe! Si! Si!

             Mi piacerebbe!

                    Mi piacerebbe essere solidale…

E cosi vissero contenti, felice e ipocriti

Per tanti e tanti di questi lunghi anni

Con un infinità di “mi piacerebbe”…

Che vità fie”

 

C’est vrai qu’alors je me sentais

Fière d’être « umana » !

Aujourd’hui, je savais

Que je ne m’étais bercée

Que de douces illusions ;

Que j’avais erré

Des semaines

Des mois

Des années entières,

Toute une vie presque

A la recherche

Du seul temps perdu...

Comme tous mes semblables Nègres,

A la recherche

De mon identité...

 

Plongée dans une grande perplexité

J’étais là assise

Le dos à l’océan,

Cet océan

Qui ronflait derrière moi,

Comme s’il venait de me rejeter...

Peut-être

Espérais-je trop

D’un voyage comme celui-là...

J’aurais pu,

Sitôt sortie de l’aéroport,

Filer tout droit

Vers la soi-disant ville là bas...

J’avais préféré

Passer en premier lieu, par la plage...

Cette plage,

Qui me rappelait mon enfance,

Il y a quelques années sur le bord de mer...

 

Tant d’années si loin

De l’autre côté

Et puis en quelques heures

Me retrouver là seule,

Moi et l’océan

Mon sac de cuir

Mes poèmes

Et mon passé..

Que me restait-il ?

Quelques souvenirs, amers souvenirs...

Quelques fausses notes...

Quelques images aussi...

Quelques illusions encore...

 

Cette grand ville tumultueuse

Ses baraquements de tôles, à la périphérie

Son centre ville délabré...

Grand ville à cœur meurtri,

Et enfin l’océan...

 

Au hasard des chemins

Le flux et le reflux de la mer

Rythmant mes rêveries,

J’arrivais dans un jardin

Qui dominait la corniche.

Jardin de fraîcheur

Jardin potager

Jardin d’herbes sauvages

Ou verger...

Ere de paix...

Je me surpris à esquisser un sourire...

Je m’allongeais là, dans l’herbe,

Le bruissement du vent dans les arbres

Balayant cette atmosphère pesante,

Et l’océan derrière moi, comme un doux murmure...

Les yeux clos

Et savourer toutes les sensations qui s’offraient à moi...

Transfigurer ce jardin au gré de mon imaginaire...

Jardin fruitier ou jardin floral,

Jardin japonais ou jardin chinois,

A la fois mystique et sensuel...

Existe-t-il un jardin africain ?

Question idiote !

Lorsque l’on dépossède un peuple de sa culture

On le raye définitivement du genre humain.

Il perd tout projet de vie.

L’on ne peut alors parler

Ni de jardin africain

Ni de culture africaine...

On est un petit quelque chose

Dans un coin du monde

En attendant peut-être que l’Occident

Dans sa générosité

Invente quelques nouveaux trucs , new look,

Pour nous faire comprendre

Que, sans lui, peuple élu fait à l’image du père,

Oui, sans cet occident,

Nous ne pouvons pas être

Encore moins devenir un quelconque espoir du monde

Encore moins participer à la réalisation d’un monde plus juste.

Nous aurions dû nous en rendre compte...

Si nous avions fait preuve d’intelligence

Nous aurions dû accepter l’esclavage, la colonisation

Comme notre condition divine,

Notre seul destin en tant qu’Africains.

Nous aurions dû courber l’échine

Devant ce peuple élu, fait à l’image de Dieu...

Ce peuple qui devait nous éduquer, nous civiliser.

Dieu ! Comme l’on aurait été heureux aujourd’hui,

Si nous avions accepté ce sort sans gloire, mais combien « réaliste »

Que ce bon peuple, fait à l’image du Père,

Nous proposait, mû seulement par sa générosité...

Nous nous retrouvons aujourd’hui,

Médiocre destin,

« Des sans papiers, des clandestins,

Presque des rats d’égout »

Selon eux,

Dans les bas fonds parisiens et d’ailleurs...

 

 

 

Par Voix Africaine - Publié dans : Littérature/LITTERATURA - Communauté : association culturelle
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