Partager l'article ! kUNDARA ou l'errance d'une Afro Européenne...: Auteur: Dr SYLLA TATI IBRAHIMEn avant première, nous vous invitons à découvrir une partie du m ...
Un bruit de vagues...
Une saveur moite sur les lèvres...
A l’Orient, malgré la bise venue du large,
Le soleil accablait déjà
Par sa torpeur lancinante...

Assise sur le sable brûlant,
Le dos à l’océan,
Cet océan
Qui vrombissait derrière moi
Comme s’il venait de me vomir,
Refluant dans l’aube étouffante,
Vers l’infini des temps...
Vers cet autre là bas,
Pays de mes chimères...
Quelle vie insignifiante j’avais vécue !
J’avais passé plusieurs années
A bourlinguer
Entre la rue de Bercy,
La Courneuve, Aubervilliers,
Les Minguettes et j’en passe...
A me gouasser
Dans le non dit, le non être,
A me bafouer
Dans la honte et le mensonge...
Plusieurs années
Sans avoir réussi à concrétiser,
Ne serait-ce même
Que les prémisses d’une de mes espérances :
Année après année,
Pendant lesquelles
Tous mes projets avaient avorté...
Des années entières
Pour rien...
Des années de regret,
Regret du non dit,
Regret du non fait,
Regret du non être,
Tout un éternel recommencement
Jusqu’à l’écœurement...
Aujourd’hui
Je venais d’échouer
De ce côté de l’océan,
Terre de mes Ancêtres...
J’avais débarqué
Quelques heures auparavant
A l’aéroport Yoff :
Ses porteurs qui vous assaillent de toutes parts,
La cohue pour récupérer mes papiers, mon sac...
Et puis dehors, au loin, dans la chaleur oppressante,
La grand ville tumultueuse...
Cette rue principale
Bondée de bus bariolés, vélos ou deux roues en tout genre,
Des femmes , des enfants, des hommes
Qui fourmillent tout le long de cette artère...
Grand ville à cœur meurtri...
Des abris de tôles, des baraquements de terre, de planches,
A la périphérie
Et puis le quartier des baraques en dur...
Le centre ville
Un tant soit peu délabré,
Et enfin l’océan...
J’avais demandé au chauffeur du taxi
De me conduire directement sur la plage
Mon seul désir du moment
Avait été de contempler cet océan,
M’asseoir, réaliser que je venais
De fouler la terre de mes Ancêtres...
Assise sur le sable brûlant
Je n’avais plus qu’une seule pensée :
Fermer les yeux...
Cracher au loin
Toutes les chimères de ce passé...
Ne plus penser...
Goûter seulement cet instant
Que je voulais suprême.
J’étais assise,
Le dos à l’océan...
Et cet océan
Qui grondait derrière moi,
Inlassablement...
Tout pouvait-il être recommencé ?
Intimement
Et au plus profond de mon être,
J’en doutais...
Peut-être
Etais-je en quête
De quelque chose,
D’un nouveau destin,
Ou peut-être rien...
Tout semblait si confus...
Quoi dire maintenant ?
Quoi penser en cet instant ?
Ephémère instant d’un néant...
Perplexité...
Un sac de cuir,
Marqué des empreintes du temps,
Gisait à côté de moi ...
Et c’était là mon seul bien,
Après toutes ces années...
J’y avais fourré pêle mêle
Vêtements, livres, poèmes,
Et précieusement plié au fond de mon sac,
L’ultime pagne
Que je tenais de ma grand-mère,
Seul lien encore avec mes Ancêtres,
Ultime effort,
Ultime refus,
D’être perçue comme une toubab noire...
Tout s’était passé si vite !
Cette nuit
Avant l’embarquement vers ma terre promise,
Je n’avais pas osé imaginer cet instant !
Hier encore,
Je courais dans le tumulte d’une autre grande ville,
Là bas, si loin,
Sur l’autre rive de la Méditerranée...
J’y avais fait mes derniers adieux,
Expédié mes dernières lettres.
J’avais encore en mémoire
Les quelques mots
Que j’avais griffonnés à X :
Je les avais remerciés tous,
Pour cette fête à Dorno :
Quelques heures de concert
Dédiées à la lutte contre le racisme,
Contre ces milliers de morts d’enfants,
(Morts dans l’indifférence,
Nègres pour la plupart),
Pour le droit à la dignité humaine...
Oui,
Je leur avais envoyé
Quelques lignes écrites en italien,
Comme pour éterniser à jamais,
Toute l’espérance
Qui m’avait alors animée...
« Un questo meraviglioso ottavo giorno, del sesto mese,
Dell’anno di grazia mille nove cento e qualcosa,
In verità ve lo dico,
Infatti, sono i giorni come quest’oggi,
Che mi rendono
Estremamente felice
Di appartenere alla razza umana!
Ma purtroppo, molti utilizzano la loro esistenza per dire:
Soltanto e per sempre…
Mi piacerebbe:Amare
Mi piacerebbe: Avere buon cuore
Mi piacerebbe: Vivere felice
Mi piacerebbe: Dare felicità
Mi piacerebbe: Far felice tutti quanti
Mi piacerebbe: Essere un’essere di pace
Mi piacerebbe: La non violenza
Mi piacerebbe: Dare solo speranza a tutti
Mi piacerebbe: Far mio credo la tolleranza
Mi piacerebbe! Si! Si!
Mi piacerebbe!
Mi piacerebbe essere solidale…
E cosi vissero contenti, felice e ipocriti
Per tanti e tanti di questi lunghi anni
Con un infinità di “mi piacerebbe”…
Che vità fie”
C’est vrai qu’alors je me sentais
Fière d’être « umana » !
Aujourd’hui, je savais
Que je ne m’étais bercée
Que de douces illusions ;
Que j’avais erré
Des semaines
Des mois
Des années entières,
Toute une vie presque
A la recherche
Du seul temps perdu...
Comme tous mes semblables Nègres,
A la recherche
De mon identité...
Plongée dans une grande perplexité
J’étais là assise
Le dos à l’océan,
Cet océan
Qui ronflait derrière moi,
Comme s’il venait de me rejeter...
Peut-être
Espérais-je trop
D’un voyage comme celui-là...
J’aurais pu,
Sitôt sortie de l’aéroport,
Filer tout droit
Vers la soi-disant ville là bas...
J’avais préféré
Passer en premier lieu, par la plage...
Cette plage,
Qui me rappelait mon enfance,
Il y a quelques années sur le bord de mer...
Tant d’années si loin
De l’autre côté
Et puis en quelques heures
Me retrouver là seule,
Moi et l’océan
Mon sac de cuir
Mes poèmes
Et mon passé..
Que me restait-il ?
Quelques souvenirs, amers souvenirs...
Quelques fausses notes...
Quelques images aussi...
Quelques illusions encore...
Cette grand ville tumultueuse
Ses baraquements de tôles, à la périphérie
Son centre ville délabré...
Grand ville à cœur meurtri,
Et enfin l’océan...
Au hasard des chemins
Le flux et le reflux de la mer
Rythmant mes rêveries,
J’arrivais dans un jardin
Qui dominait la corniche.
Jardin de fraîcheur
Jardin potager
Jardin d’herbes sauvages
Ou verger...
Ere de paix...
Je me surpris à esquisser un sourire...
Je m’allongeais là, dans l’herbe,
Le bruissement du vent dans les arbres
Balayant cette atmosphère pesante,
Et l’océan derrière moi, comme un doux murmure...
Les yeux clos
Et savourer toutes les sensations qui s’offraient à moi...
Transfigurer ce jardin au gré de mon imaginaire...
Jardin fruitier ou jardin floral,
Jardin japonais ou jardin chinois,
A la fois mystique et sensuel...
Existe-t-il un jardin africain ?
Question idiote !
Lorsque l’on dépossède un peuple de sa culture
On le raye définitivement du genre humain.
Il perd tout projet de vie.
L’on ne peut alors parler
Ni de jardin africain
Ni de culture africaine...
On est un petit quelque chose
Dans un coin du monde
En attendant peut-être que l’Occident
Dans sa générosité
Invente quelques nouveaux trucs , new look,
Pour nous faire comprendre
Que, sans lui, peuple élu fait à l’image du père,
Oui, sans cet occident,
Nous ne pouvons pas être
Encore moins devenir un quelconque espoir du monde
Encore moins participer à la réalisation d’un monde plus juste.
Nous aurions dû nous en rendre compte...
Si nous avions fait preuve d’intelligence
Nous aurions dû accepter l’esclavage, la colonisation
Comme notre condition divine,
Notre seul destin en tant qu’Africains.
Nous aurions dû courber l’échine
Devant ce peuple élu, fait à l’image de Dieu...
Ce peuple qui devait nous éduquer, nous civiliser.
Dieu ! Comme l’on aurait été heureux aujourd’hui,
Si nous avions accepté ce sort sans gloire, mais combien « réaliste »
Que ce bon peuple, fait à l’image du Père,
Nous proposait, mû seulement par sa générosité...
Nous nous retrouvons aujourd’hui,
Médiocre destin,
« Des sans papiers, des clandestins,
Presque des rats d’égout »
Selon eux,
Dans les bas fonds parisiens et d’ailleurs...
Festival International du Film Panafricain
Cannes
AVRIL 2012
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