Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 21:24

Boycottage des valeurs ethniques par le colonialisme 2572045599_ea27306e14.jpg

Lorsque l’Afrique entreprendra son deuil de la colonisation, elle pourra à ce moment envisager sa propre renaissance. Un peuple qui accepte de se soumettre peut mourir indéfiniment.



1884-1885, fut une date sombre dans l’histoire de la colonisation de l’Afrique. C’est en effet lors de la conférence de Berlin que les pays impérialistes décidèrent de fixer les règles du partage de l’Afrique ainsi que d’établir les frontières des territoires coloniaux.

Ces frontières furent donc tracées sans tenir compte des réalités ethniques, religieuses et culturelles africaines, obligeant ainsi des peuples et des ethnies aussi différents que peuvent l’être les Belges, les Canadiens, les Indiens, les Danois ou encore les Espagnols à tous vivre ensemble sous les règnes d’une administration commune dirigée par des étrangers.

Les nouveaux états issus de la décolonisation au cours des années soixante (1960) optèrent pour la prolongation de ce découpage uniquement par souci de stabilité. Au moment de l’indépendance, les colonisateurs croyaient qu’un gouvernement provenant d’un parti unique permettrait de compenser les tensions et les dysfonctionnements inhérents au manque d’homogénéité ethnique et culturel des nouveaux états.

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Pour palier à l’absence de sentiment d’appartenance à une même nation, les nouveaux gouvernements encouragèrent principalement une stratégie coloniale de centralisation des pouvoirs et d’organisation de la société en ignorant généralement les coutumes et les traditions des différentes ethnies vivant sur le même territoire. Cette stratégie a été perçue à l’époque comme un moyen efficace afin de préserver une stabilité politique et sociale.

En empruntant cette voie, l’Afrique a accepté inlassablement d’évoluer dans un demi-siècle marqué par des tensions ethniques, se retrouvant victime de perpétuelles crises sociopolitiques. Ces tensions et ces crises ont été engendrées par les difficultés de cohabitation entre les différentes ethnies, la répartition inéquitable des ressources, l’accélération de la mondialisation ainsi que la lutte pour le contrôle du pouvoir.

Dans un contexte aussi explosif, les dirigeants africains devront faire preuve d’un jugement éclairé et s’armer d’une réelle volonté politique afin de trouver définitivement des solutions à ces conflits. Ils devront en premier lieu saisir l’ampleur des enjeux géoethniques tout en considérant les valeurs propres à chaque ethnie avant de proposer des solutions constitutionnelles durables et équitables pour tous.

Impact du colonialisme sur les politiques africaines

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Le régime colonial visait des objectifs et obéissait à des contraintes souvent dictées par les aléas de la politique européenne ignorant les besoins, les valeurs et les traditions des populations africaines.

La stratégie des administrations coloniales, dans la plupart des pays africains, a généralement été de minimiser l’importance des groupes ethniques et de boycotter les valeurs et la culture propre à ces ethnies afin de construire des entités administrativement homogènes. Les colonisateurs ont imposé des politiques conformes à leur idéologie ainsi qu’une législation et une réglementation qui bafouaient les lois coutumières tant dans les domaines sociaux qu’économiques.

En reprenant ce modèle, les nouveaux états issus de la décolonisation, dont la Côte d’Ivoire, se condamnaient à l’explosion de crises identitaires au sein de leurs différentes ethnies. Le continent africain réalise aujourd’hui que l’héritage colonial portait en lui les germes de conflits potentiels qui demeurent aujourd’hui un brasier difficile à maîtriser.

La plupart des pays sont demeurés ethniquement divisés, impuissants à développer des moyens constructifs afin de réduire les écarts créés par la discrimination entre les ethnies. Cette situation a incontestablement paralysé les efforts de développement économique entachant le processus de démocratisation.

L’échec

Les constitutions et les modèles administratifs empruntés aux régimes coloniaux ont imposé des configurations institutionnelles confuses, incohérentes et imparfaites, perturbant ainsi les relations entre les diverses ethnies. Les colonisateurs ont par ailleurs souvent réussi à préserver une forme de pouvoir occulte par leur influence sur certaines autorités gouvernementales africaines.

Ces pays ainsi que leurs entreprises ont maîtrisé efficacement leurs alliés africains en établissant avec eux des relations de patrons à subalternes tout en les menaçant au besoin de coups d’État. À première vue, leur objectif ne visait pas le développement de ces pays mais l’exploitation des ressources naturelles, principalement minières et énergétiques.

La menace latente des coups d’État maintenait toujours certains gouvernements africains dans un état de soumission totale face à des puissances externes, obligeant les chefs au pouvoir à s’entourer d’individus provenant de leur propre groupe ethnique afin de sécuriser leur position et privilégier les membres de leur clan. Cette situation justifie l’absence d’un sentiment de nation et l’existence d’une vie politique qui s’alimente exclusivement à partir de l’appartenance ethnique ou régionale.

C’est dans ce genre de condition que les pays africains ont été, en apparence, intégrés dans les échanges économiques internationaux en tant que pays souverains. Cependant, leur dépendance excessive face à certains marchés étrangers ainsi que l’apparition d’interférences externes dans l’exercice de leur souveraineté, démontrent malheureusement que l’image et la réalité sont fort différentes.

La souveraineté d'un État implique l'exclusivité de ses compétences législatives, exécutives et judiciaires. La décolonisation qui a marqué les années 1960 a donné lieu à la création d'États qui se retrouvent encore loin de cet objectif.

Ces États sont demeurés respectivement d’humbles sujets des colonisateurs ou tout simplement des clients dépendants des marchés coloniaux. Les différentes politiques africaines reflètent aujourd’hui le résultat des tentatives coloniales visant à éliminer les valeurs essentielles d’un pays. Cette situation nous amène à réfléchir sérieusement sur la définition du système de gouvernance.

Les causes des crises africaines reliées à la colonisation

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1. Une absence d’identité nationale engendrée par les constitutions des États qui ne représentent pas les véritables valeurs des différentes ethnies

2. Une confusion constitutionnelle entre le pouvoir exécutif, judiciaire, législatif et les lois coutumières. Le chef de l’exécutif est à la fois juge et partie. Son clan ethnique profite des ressources de l’État, ce qui conduit à des frustrations chez les autres groupes ethniques

3. Des relations difficiles entre les diversités ethniques. Chaque groupe ethnique souhaite porter au pouvoir son représentant, ce qui crée des divisions entre les ethnies

4. Le découpage artificiel des pays d’Afrique par la colonisation a rendu les frontières poreuses, cette situation dresse un passage facile pour les assaillants. Souvent, les populations vivant sur les deux côtés de la frontière proviennent de la même ethnie

5. Une dépendance créée par la mise en place d’une économie basée sur les matières premières et par un faible niveau d’industrialisation par les colonisateurs

6. Une protection artificielle de l’économie qui dépend des accords signés durant la colonisation, ce qui perturbe la stabilité du pays.

7. Une monnaie artificiellement sous-évaluée, et établie à partir de pactes coloniaux : le franc CFA (FCFA franc des colonies françaises d'Afrique)

8. Une éducation basée sur des valeurs coloniales ou la majorité de la population ne comprend pas la langue officielle.

En somme, nous vivons toujours sous les effets de la colonisation.

Accès à l’information pour tous

La prospérité d’un pays dépend de la transparence de son gouvernement. La démocratie exige en tout temps une grande accessibilité à toute forme d’information et cela pour tout individu. Il faut s’assurer que les autorités en place rendent des comptes aux électeurs. Pour cela, ni le gouvernement, ni aucune agence ne devraient échapper à la surveillance des médias et de la presse qui doivent rester malgré tout objectifs et non partisans.

Les médiums de communication, lorsque sous contrôle étatique, représentent un mal pour la population et un bien pour le gouvernement. Une certaine forme de stratégie coloniale plane encore au cœur des gouvernements qui négligent d’informer les citoyens afin de leur permettre d’exercer librement leur pouvoir.

Lorsque les populations sont maintenues dans l’ignorance, il est plus facile d’organiser un coup d’État particulièrement si le gouvernement contrôle une station de télévision ou encore une station de radio nationale. Un pays doté d’une presse indépendante, libre et diversifiée rend la tâche nettement plus difficile aux assaillants qui tentent d’atteindre la sécurité de l’État.

Les médiums de communications sont comme un lieu d’apprentissage, de connaissance, permettant à la population de prendre des décisions informées. Un lieu de consultations et de références pour les citoyens afin d’éclaircir tout jugement sur des actes ou des conflits perpétrés fréquemment par des groupes politiques.

Afin de protéger efficacement la stabilité sociale de tout peuple, il demeure essentiel de créer un environnement diversifié favorable à la transmission d’une information compréhensible pour tous et reflétant la pluralité des différents points de vue exprimés par la population.

Pistes de solutions et conditions gagnantes aux causes des crises africaines

Dans un pays multiethnique, le gouvernement a le devoir d’accommoder toute diversité ethnique. Ceci permet à tous les groupes de se gouverner eux-mêmes et de préserver leurs propres valeurs tout en se conformant à un cadre et à un ordre constitutionnel national. L’utilisation d’une telle constitution, axée sur la diversité ethnique, a toutes les chances de fonctionner si les conditions gagnantes suivantes sont réunies :

1. Une Constitution qui s'inspirera des coutumes et des valeurs des différents groupes ethniques. Un cadre institutionnel qui reflètera la diversité ethnique et culturelle du pays, qui bien entendu évoluera dans le temps. Elle procurera aux minorités l'autonomie nécessaire à la préservation de leur intégrité ethnique et culturelle. L’objectif vise la création d’une identité nationale

2. La nouvelle Constitution définira le système de gouvernance, de santé, d’éducation, de justice, de finance ainsi que le rôle de l’opposition. Elle mettra aussi en place un système de partage équitable de la représentativité des ethnies au sein de la fonction publique.

3. La mise en place du nouveau cadre constitutionnel, législatif et institutionnel (Société de droit) garantira le respect des droits individuels, des valeurs d’égalités, la protection des minorités, la liberté d’expression et de presse, les droits et devoirs de l’opposition officielle.

4. La création d’une monnaie garantira le développement économique, le contrôle et la protection de l’économie, et un environnement qui encouragera l'esprit d'entreprise. Pour se faire, il faudra adresser les problématiques portant sur l’accès au crédit, le droit à la propriété, l’établissement de cadastre, etc.

5. Un nouveau cadre éducatif orienté sur le monde moderne qui valorisera les valeurs de toutes les ethnies. Cette éducation devra être compétitive et en harmonie avec nos propres valeurs culturelles.

6. La responsabilisation de chaque groupe ethnique demeure essentielle face à l’unité nationale. Par exemple, si la Côte d’Ivoire se trouvait envahie par des assaillants, on devrait s’attendre à ce que les différentes ethnies alliées, fidèles de l’État, ne soutiennent et n’aident d’aucune façon l’envahisseur. La sécurité nationale en serait donc ainsi garantie.

Lorsque toutes ces conditions gagnantes seront réunies, nous pourrons enfin accéder à une démocratie.
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Enfin

Avant tout, ne faut-il pas que les politiciens aient la clairvoyance de se mettre en accord les uns avec les autres afin de reconnaître l’envergure des épreuves à surmonter ainsi que les défis à relever afin d’éliminer toutes traces de conflits inutiles et destructeurs ?

Nous devons accepter nos propres erreurs sans continuellement tenir les autres responsables des situations problématiques. Nous devons inévitablement accéder à cette liberté plénière, intellectuelle et économique ainsi qu’à l’égalité de notre diversité ethnique reconnue à partir de lois établies.

L’objectif principal à atteindre réside dans la réconciliation avec nos propres valeurs, en valorisant la diversité ethnique afin que l’avenir repose paisiblement sur des bases solides. Cette reconnaissance et son application dans une nouvelle constitution est primordiale d’un point de vue politique afin de bâtir une nation entière et une Afrique diversifiée.

Une mobilisation des différents groupes ethniques s’impose afin de réconcilier nos sentiments d’humanisme les plus profonds les uns envers les autres et ce dans tout le respect que nous confèrent nos différences.
Nous devons, parvenir à une entente à l’image des autres pays et ce, sans discrimination face à nos différences d’origine ethnique ou religieuse.

Nelson Mandela reste l’image même de la réussite d’un véritable leader. Armé de courage et de ténacité, il a conduit son peuple vers la liberté tout en donnant un nouveau visage à l’Afrique du Sud. Aujourd’hui, plusieurs ethnies y vivent dans une paix sociale relative et ce en dépit des blessures du passé engendrées par l’Apartheid, portrait véritable de l’oppression coloniale.

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Le Rwanda, à la suite d’une guerre fratricide, a courageusement relevé le défi de traverser la phase post-traumatique nationale en se dotant d’un gouvernement intégrateur, allant jusqu’à rejeter la constitution coloniale et à modifier la langue officielle grâce à la volonté farouche de ses dirigeants.

Il serait également crucial d’inviter les Ivoiriens à participer au grand débat sur la formulation d’une constitution représentant leur identité. Cette identité nationale deviendra le flambeau de la fierté et garantira l’obtention de vraies institutions démocratiques, lui permettant ainsi d’atteindre, à long terme, la maturité politique.

Quels moyens utiliserons-nous pour concevoir et adapter les institutions de la Côte d’Ivoire aux défis d’aujourd’hui et de demain ? Les pays dit développés ont réalisé en plusieurs siècles leur destin politique. Nous pouvons à notre tour également y accéder rapidement et ce, de manière surprenante.

Tous les enjeux sont, aujourd’hui, devenus extrêmement difficiles. Nous devrons faire preuve d’audace afin de créer un environnement propice à la stabilité, au développement ainsi qu’à une saine réussite économique.

Cette stabilité sociale, soutenue par une valorisation de nos capacités politiques et économiques se traduira par la qualité de nos gouvernements, de nos institutions, de nos universités et de nos entreprises et ce, au profit de la population. Cela se concrétisera dans une logique d’investissement où tous les outils et le potentiel nécessaires seront à la portée afin de permettre une véritable réussite dans ce monde d’aujourd’hui.

Cette modernité s’incarnera et se conjuguera harmonieusement avec l’ensemble de nos valeurs. Cet enthousiasme s’exprimera chaleureusement par le peuple ivoirien, définira l’expression d’un amour propre animé de respect.

Une mobilisation s’impose afin de résumer nos sentiments les plus profonds envers nos différences. Nous sommes tous des hommes et des femmes originaires de la même souche. Nous devons tous nous entendre, à l’image de d’autres pays, sans discrimination face à nos différences ethniques.

Il demeure impératif de projeter avec une force farouche l’identité et les valeurs de nos différences, en favorisant l’ouverture et la tolérance entre elles, évitant ainsi que ces ethnies se replient sur elles-mêmes. L’identité ivoirienne doit éviter à tout prix le piège de la nostalgie coloniale et du repli sur soi. Nous devons instaurer une relation mature au cœur de la population. Cette relation restera fraternelle, familiale, légitime et sans ambiguïté pour l’ensemble des Ivoiriens.

Nous sommes appelés à renforcer avec sincérité les ponts entre les différentes ethnies de la Côte d’Ivoire, ainsi que ceux qui relient les peuples de l’Afrique noire malheureusement détruits par la colonisation. Nous devons procéder à la création d’une communauté ivoirienne moderne animée par un acte d’adhésion, empreinte de respect pour l’ensemble de sa diversité culturelle.

Aux yeux du monde, nous devons être prêts maintenant à entreprendre ce changement. Nous prouverons ainsi à tous que nous entamons graduellement notre renaissance afin de remettre sur les rails ce pays meurtri. Notre alliance interethnique ne sera féconde que si nous nous tournons vers l’avenir en laissant derrière nous un passé colonial, tout en acceptant notre part de responsabilité afin d’embrasser notre destinée.

merci à
Lancine Bakayoko, Montreal (Québec)

LA LIBERTÉ D'EXPRESSION ET SON ÉTHIQUE SONT LES CORDES VOCALES DE LA DÉMOCRATIE
www.solutionscotedivoire.blogspot.com

( Retrouvez Lancine Bakayoko sur Facebook)

 

Par Voix Africaine - Publié dans : Aspects économiques, sociaux, politiques - Communauté : Terre d'Afrique
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