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Mardi 31 juillet 2007
MEDECINE TRADITIONNELLE AFRICAINE
Conférence du Dr SYLLA TATI Ibrahim
à Pavia, Italie, 2007, ( Orrizonti di Luce)
 
 
La médecine traditionnelle africaine  tout comme la culture africaine, elle-même, est très difficile à transmettre parce que rien n’est écrit, rien n’est divulgué et elle n’est enseignée que de maître à élève au cours de l’initiation. Et pour compliquer le tout, il est dit que l’initiation précède la naissance et accompagne l’être humain au delà du corps physique. Il est clair que le corps physique est transitoire , comme un véhicule qui part de la naissance, traverse la vie comme un fleuve qui est la vie et qui va vers l’infini, la réincarnation.Tout ceci pour dire combien il est difficile de parler de médecine traditionnelle parce que ici , en Occident, la médecine signifie déjà guérison. Ma pratique quotidienne de la médecine, basée sur mon initiation animiste, a pour base, la culture et la médecine traditionnelle africaine.
Je ne peux que la partager dans ma pratique quotidienne, à dose homéopathique. Je vous donne un exemple:
Maintenant, je vais vous demander quelques minutes de silence.
Cela peut vous paraître étrange que je demande de faire le silence, alors que nous nous rencontrons pour la première fois. Que chacun de nous essaie, petit à petit d’intérioriser et de chercher à s’écouter soi-même, sans faire aucun bruit. Nous pouvons essayer. Essayons.
SILENCE
Merci.

 
La difficulté est celle-ci: être capable de faire le silence signifie avoir la possibilité d’un corps mental, d’entrer en soi-même et de s’écouter soi-même. Alors, imaginez un instant la situation suivante: le patient s’assied devant moi et je le regarde droit dans les yeux, silencieux ; invitant cette personne à faire de même. Cela devient difficile et peut être interprété comme une agression . En fait, dans la médecine traditionnelle africaine cela commence individuellement ou en groupe avec comme première phase: le silence.
 
 
Le silence pour que la personne prenne conscience que ce qu’elle considère comme mal être, peut être dû à l’invisible. Dans la tradition, on dit que le visible nait de l’invisible. Ainsi la véritable nature du monde est constituée de l’invisible.Cela veut dire qu’avant la naissance, selon la tradition africaine, l’être en devenir est invisible. A l’état d’être invisible, beaucoup de choses sont en interaction, sans pour cela être visible. Etant de culture africaine et souhaitant mettre en application les concepts de la médecine traditionnelle africaine, tout en étant diplômé de médecine, la problématique qui se pose à moi quand une personne vient en consultation est que cette personne ait une prise de conscience de ce qu’est l’essentialité de la vie. Cette conception de la vie est bien évidemment différente, parfois contradictoire, entre la vision du monde occidental  et celle de la tradition orale africaine. Ainsi, lors de mes consultations, je dois être capable d’établir un certain équilibre entre le concept de la naissance, de la vie, de la maladie, de la mort et la matérialité de la personne, aider la personne à trouver un certain équilibre entre son corps physique, la matérialité de l’être, le visible, et l’invisible.
Dans les coutumes africaines, par exemple, les colorations du visage sont différentes selon les situations, selon ce que l’on veut montrer à autrui. Dans ce sens là, il n’est nul besoin de porter le masque comme on le fait souvent, quand une personne a des difficultés à supporter son corps physique, et agit avec celui-ci, uniquement quand il est en déséquilibre, et douloureux, et quand ce mal-être traduit la difficulté de trouver l’équilibre dans le fonctionnement de son corps physique.  C’est pour cette raison, que dans la tradition africaine, le corps physique est, en quelque sorte, à la recherche de la symbiose entre le corps physique et le corps mental.
 
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Pour l’Africain, qu’est ce que le corps mental?
Le corps mental c’est là où se définit le dialogue avec soi-même, pour soi-même, là où l’on pense situer le rapport avec les autres, comme un être humain, unique, que l’on ne peut reproduire à l’identique, qui a  une clé, que personne d’autre ne peut voir. Cette clé , garante de son unicité, cette clé qui ouvre une porte, toujours selon la tradition africaine, une porte derrière la quelle se trouve un trésor pour l’humanité. Ainsi, donc, chacun de nous est un trésor pour l’humanité, dans son unicité, chacun de nous est unique ; et personne ne peut prétendre être ce qu’un autre est. Ensuite, après, il n’y aura personne qui pourra prétendre être le successeur de ce qu’est chacun de nous. Ainsi, voyez-vous, le corps physique qui va et cherche à établir avec les autres une relation vitale, humaine; et pour devenir ensemble des êtres humains, chacun avec son propre corps mental  a évidemment à dialoguer avec lui-même, pour lui-même.
Par la suite, il sera possible d’approfondir le sujet, selon vos demandes.
 
Il reste maintenant le corps spirituel. Dans la tradition culturelle africaine, et dans la médecine traditionnelle, le corps spirituel est celui qui communique avec l’être supérieur. En Occident, on dirait , avec Dieu. Ainsi, dans l’initiation, pour expliquer ce corps spirituel, l’intermédiaire entre l’être vivant, l’être humain et l’être supérieur, cette divinité supérieure est représentée sur terre par la femme. Parce que la femme procrée et continue la création, elle représente ainsi le pôle positif , cherchant à équilibrer le pôle négatif pour sauve-garder l’espèce humaine.
Pour cette raison, je dois dire que je fais exception, parce que, dans la médecine traditionnelle africaine, dans 90% des cas, c’est la femme qui pratique.
Elle devient ce médecin traditionnel, par des cérémonies, grâce à son initiation et à sa capacité d’être guérisseuse, chaman, ou autre.
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Comme je le disais au début, le mode de communication est très souvent le silence. Le silence permettant la méditation pour l’élévation spirituelle. Le silence comme pour harmoniser le corps mental avec le corps physique. La recherche de Dieu passe par une grande capacité à s’intérioriser à travers le silence. Il ne faut pas avoir peur d’entrer en soi-même, de chercher à comprendre ce que notre corps physique nous conseille concernant l’alimentation, le sommeil, dans l’acceptable et le non acceptable. Et souvent le problème qui se pose est que quelque fois, on ne réussit pas à dire non; à ce que l’un me dit, ou me demande de faire ou de penser; cela ne me fait pas évoluer, grandir et sans doute m’empêche d’être à la hauteur de mon destin. Ceci est évidemment une chose qui peut créer un disfonctionnement, un déséquilibre entre moi-même et l’apparence de mon être physique, accepté et peut-être aimé des autres.
Selon la médecine traditionnelle africaine, ceci est la base de la souffrance du corps physique, se traduisant par la maladie. Parce que, à l’origine de chaque maladie, il existe un disfonctionnement, un déséquilibre, une non écoute, non acceptation de se prendre en charge soi-même, de s’aimer soi-même, n’acceptant pas d’entendre ce que les autres peuvent penser, critiquer ou dire sur moi ; ne me reconnaissant pas moi-même, je me laisse succomber à l’appréciation, au jugement des autres..
Si l’on me dit que je suis bon, que je suis beau, que je suis grand, alors je le suis. Si un jour, l’on me dit que je ne le suis pas, alors je ne le suis plus.
Ainsi, ne pas être entièrement un être humain capable de comprendre qu’il est fondamental d’être moi-même, de me connaître moi-même, de me comprendre , ne pas avoir de compassion et d’amour pour moi-même, cela signifie que je ne fais rien que reproduire, depuis ma naissance, ce que l’on me met entre les mains, en continuant sur cette lignée, sans jamais prendre en compte qui je suis, sans jamais prendre en compte combien je suis important, que j’ai des idéaux, un destin, être digne de ce destin; parce que mon destin est unique, qu’il ne sera plus jamais possible et reproductible.
 
 
 
 
Dans la médecine , donc, traditionnelle, les traitements, plus préventifs que curatifs peuvent être des éléments minéraux ou des substances d’origine animale.
Ensuite, il y a le massage.Le massage est très important dans la culture et dans la médecine traditionnelle africaine. Dans les ethnies peule, tuareg, oloof et dans toute la partie de la Côte d’Ivoire, toute la partie occidentale, ce massage est appelé Daamp. Cette Daamp est pratiquée surtout chez les nouveaux nés. J’ai écrit ma thèse de pédiatrie sur la Daamp. Il y avait d’ailleurs, dans le Corriere della Sera, le 13 Décembre 2006, un article du pr RONDINI, qui parlait de moi et du succès qu’avait eue la Daamp dans le service de médecine préventive de pédiatrie de la polyclinique San Matteo de Pavia; j’avais effectivement initié le personnel du service à cette pratique de massage traditionnel africain.
Quel est le contenu de cette daamp  et qu’est-ce que cela signifie , qui la pratique et qui la reçoit? La daamp commence toujours ave des paroles symboliques, poétiques comme un doux murmure qui accompagnera celui qui la reçoit, durant toute son existence ; c’est la raison pour laquelle je dis toujours que j’ai la sensation véritable de revivre la daamp sur moi, à chaque instant. 
J’ai l’intime conviction que mon corps, que mon esprit conservent en mémoire les mains expertes de ma grand-mère. Ceci m’a aidé véritablement à chaque moment de mon existence.
 
Et cela m’a également aidé dans mon évolution personnelle. Cela m’a amené à être avec vous aujourd’hui. Et parler de cela m’émeut beaucoup.
Que se dit –il durant la daamp?
On dit à ce nouveau-né qu’il est un être unique, irrépétible; La question d’état physique ne rentre pas en ligne de compte, ni le jour où est pratiquée la daamp, ni l’âge… Chaque être humain a le droit d’être respecté. Par le simple fait qu’il est un être unique, irrépétible.
 
O grand petit être,
Tu es la base de tout ce qui a été
Tu es le représentant de tout ce qui est
Et tu es le futur de tout ce qui sera.
O grand petit être,
Ton corps, en paix avec lui-même, est plus prècieux que la plus rare des gemmes.
Aime le donc de toute ton âme, il n’est à toi que pour le seul moment,
Sache que toutes choses en ce monde sont brèves, comme un éclair dans le ciel
Sache enfin que cette vie, il faut la connaître comme le petit éclaboussement d’une goutte de pluie, comme une belle chose qui disparaît au moment même où elle vient au jour.
Ainsi, décide de ton but,
Fais usage de chaque jour et de chaque nuit pour l’atteindre.
 
Voilà ce qui se dit et ce que veut dire ce massage aux nouveaux-nés fait selon la médecine traditionnelle africaine.
C’est ce respect suprême, sublime, unique que nous devons à chaque être humain, quelque soit son âge, sa nationalité, sa religion…Il est un Etre Humain à jamais, qui n’a pas de fin parce qu’il n’a pas de commencement.
L’invisible est la véritable nature du monde.
Nous devons croire également en ce que nous ne voyons pas parce que cela fait partie de ce qui est.
Ainsi la médecine traditionnelle africaine cherche à comprendre et à interpréter chaque étape des interactions entre la nature et l’individu ; c’est cela le mystère de la naissance, le mystère de la vie, de la mort et de la réincarnation. Merci.
 
Tout cela peut-être approfondi lors d’un séminaire; contrairement aux maîtres d’initiation, je donne ma disponibilité ; même si cela est complexe comme je le dis souvent : J’agis dans ma pratique en fonction de ce dont je me souviens, de ce que je pense me souvenir . Pour ce séminaire, je tenterai d’approfondir mes souvenirs, parce que, étant initié, je n’ai aucun livre qui puisse me permettre de disposer d’une « formation continue ». Non, ce que je peux transmettre se trouve dans mes souvenirs et ce que je pense me souvenir.
Merci.
 
par Voix Africaine publié dans : Culture/ CULTURA
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