BILLET D’HUMEUR n° 3
Ma colère est à son paroxysme. Comme dirait quelqu’un : retenez-moi ou je fais un malheur.
Vous allez comprendre pourquoi cette mauvaise humeur a tourné à la colère de voir mon Continent, le continent Africain être la risée du Monde. Je vais écrire ce Billet en français facile, pour être bien compris.
La vie sociale des populations sénégalaises est des plus perturbées, jugez plutôt d'après les exemples suivants :
- Coupures quotidiennes et anarchiques d’électricité mettant en péril l’économie du pays et des ménages.
- Querelles byzantines au sein du Parti au pouvoir le PDS (Parti Démocratique Sénégalais) entre certains responsables hautement placés sur l’échiquier politique sénégalais, pour le leadership dans la perspective des futures élections de 2012 et contrer une éventuelle candidature du président sortant pour l’effacer définitivement de la politique sénégalaise.
- Renchérissement du coup de la vie dans tous les domaines.
- Financement du FESMAN ( Festival Mondial des Arts Nègres) dont l’organisation n’est pas à la hauteur des attentes (il n’existe pas de programmes détaillés des différentes manifestations pour orienter les festivaliers sur les lieux où elles se déroulent. C’est donc au jour le jour que tout cela se décide et il faut courir d’un lieu à l’autre pour disposer du programme, donc «bonjour» les jambes);
- S’ajoutent à cela les vociférations toutes les nuits, avec d’immenses haut parleurs de certains exaltés d’une certaine confrérie musulmane, vociférations que l’on peut traduire comme étant des tapages nocturnes normalement punis par loi.
Toute cette énumération du mal-être des Sénégalais est de la gnognote comparée au théâtre ubuesque, désolant , déconcertant, affligeant qui se déroule, sous nos yeux, en Côte d’Ivoire comme une insulte à toute l’Afrique ; plus grave encore un défi au Monde qui relève, de manière symptomatique, de la folie d’un seul homme : le président sortant Laurent GBAGBO, le boulanger comme il est surnommé à travers le Monde, ayant pour spécialité de rouler tout le monde dans la farine, c’est-à-dire une personne qui n’a pas de parole.
L’Afrique serait-elle un continent maudit ?
Comment le pouvoir peut-il corrompre une personne placée à la plus haute magistrature, c’est-à-dire un Président de la République d’une nation et de ses ressortissants ? Comment ce même président peut-il ordonner des assassinats d’hommes et de femmes désarmés qui n’acceptent pas l’usurpation de la décision du peuple exprimée par leurs votes ?
Que les thuriféraires du régime de GBAGBO ne viennent pas nous bassiner les oreilles en « brandissant » une Constitution qu’ils ont détournée de manière frauduleuse par un coup d'État Constitutionnel préparé de longue date de cette même Constitution. Lors du débat télévisuel qui l’opposait à son challengeur Alassane Dramane OUATTARA, Laurent GBAGBO n’avait-il pas annoncé, de son air goguenard habituel, affublé de son sourire narquois et persifleur, qu’il venait de décréter un couvre feu la veille de la date des élections présidentielles. Scénario élaboré avec la complicité de l’armée, qu’il avait soin de « préparer gracieusement ».
Si cela n’est pas de la dictature doublée d’une paranoïa de pouvoir, que l’on me dise ce que c’est. A ce moment-là, effectivement, il devenait clair que GBAGBO avait déjà préparé le terrain pour se maintenir au pouvoir coûte que coûte. Ce qui corrobore ce que j’avance, dans ce Billet, ce sont les propos de François SOUDAN, l’un des quatre Vice Présidents de l’Hebdomadaire « Jeune Afrique », qui répondait sur RFI (Radio France International) aux questions sur le climat qui règne dans l’entourage de l’usurpateur du fauteuil présidentiel ivoirien. Je cite : « C’est un climat extrêmement tendu ; l’entourage savait que GBAGBO avait perdu face à son rival Alassane OUATTARA et n’osait lui apprendre les résultats finaux qui donnaient ce dernier vainqueur des élections. Cela m’a été dit, poursuit François SOUDAN, par l’un des très proches collaborateurs du président sortant. Et quand, enfin, ils ont annoncé à GBAGBO les résultats finaux qui donnaient 52% à son challengeur, tandis que lui récoltait 48%, il s’est mis dans une furieuse colère folle en déclarant : moi vivant Alassane Dramane OUATTARA n’occupera jamais ce fauteuil. Il devra me passer sur le corps. » (cf.) Alors question : comment qualifieriez-vous une telle réaction ?
Cela étant dit, personne mieux que l’écrivain ivoirien feu Ahmadou KOUROUMA ne connaît la personnalité de Gbagbo, ayant été son compagnon de geôle et d’opposition sous le règne de feu Houphouët BOIGNY. Tous les deux ont subi l’exil de manière différente.
Dans son dernier opus posthume malheureusement inachevé (Ahmadou Kourouma nous a quitté le 13 Décembre 2003, pendant son énième exil à Lyon) intitulé «Quand on refuse, on dit non » publié aux Editions du Seuil. L’auteur nous retrace une géopolitique de la « naissance » de la Côte d’Ivoire. Et, par la suite, nous faisant atterrir à l’arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo en 2000, nous brosse un tableau du conflit qui opposa le Sud au Nord de la Côte d’Ivoire, les charniers qui signent la marque du cynisme de Gbagbo. Mon humeur n’est pas ici de vous faire un compte rendu de cet ouvrage, mais de vous faire partager une page qui traite de la raison de l’appréhension de Gbagbo, que dis-je : la peur, la pétoche de devoir rendre des comptes devant les instances du TPI (Tribunal Pénal International) dès qu’il aura quitté le pouvoir. Vous comprenez pourquoi il «s’accroche» comme une sangsue à ce fauteuil présidentiel qu’il a chouravé au peuple ivoirien avec son cynisme habituel, narguant toute la communauté internationale. Mais, de la même manière que l’on fait tomber cet animal qui suce le sang de ses victimes, en lui mettant le feu à son arrière, c’est de la même façon qu’il va falloir le déloger. Car l’Afrique ne veut pas créer un précédent qui laisserait la porte ouverte à toute sorte de barbarie ou de parodie de démocratie que représente cette situation actuelle en Côte d’Ivoire.
A la page 82 de l’ouvrage de feu Ahmadou Kourouma, que j’ai cité plus haut, l’un des personnages, Vasoumanalaye, parlant des méfaits et des responsabilités de Gbagbo dit : « C’est lui qui serait à l’origine de tous les malheurs du pays. C’est lui qui serait responsable du charnier de Yopougon, des charniers de Daloa, de Monoko Zohi et de Vavoua. Que dis-je encore ?..........Et plus loin :
Et c’est la première femme de Vasoumanalaye qui a répondu à son époux :
«Si ce n’est pas le président Gbagbo qui est responsable, ce serait qui ? C’est bien lui qui dirige le pays et jamais, jamais de jamais, il n’y a eu aucune enquête sérieuse pour arrêter les assassins. Les escadrons de la mort, c’est lui. C’est lui ou sa femme qui dirige ces tueurs d’Imams. C’est lui qui a commandé les avions pilotés par des mercenaires. Ces avions bombardent les marchés et les villages. C’est lui qui commande les loyalistes qui ont fait les charniers de Yopougon et celui de Monoko Zohi. Gbagbo est un criminel qui doit rendre compte au tribunal pénal international comme Taylor… » Que dis-je encore ? Oh, Dioulas ! Craignez Allah, ne portez pas d’accusations gratuites. Le jour du jugement dernier, vous aurez à prouver ce que vous aurez avancé ! »
Gbagbo est attendu au tournant par le TPI et la Communauté Internationale. Vous comprenez maintenant qu’il est toujours dans la logique de sa folie du pouvoir pour essayer de remettre à nouveau le couvert. Donc, à vous de juger !
De 1960 à 2008, l’Afrique a fait les frais de 74 coups d’Etats ; 17 guerres civiles ou tribales ; 18 rebellions ou conflits armés. Nonobstant ce triste palmarès, nombreux pays ont vu le poids de leur dette annulée dans le cadre du programme avec les institutions financières internationales. D’autres nations ont repoussé la corruption. Il est un devoir impératif pour les institutions africaines de ne pas laisser Laurent Gbagbo faire des émules. Ce qui serait lourd de conséquences dans et pour l’Histoire du Continent Africain mais aussi pour les générations futures. Nous n’avons pas le droit de laisser notre conscience s’endormir au vestiaire de la lâcheté et de l’hypocrisie ambiantes. Le monde a le devoir d’arrêter cette parodie d’une soi-disant démocratie et de stopper la marche en arrière de l’Afrique.
Mamadou Jean-Michel KOUROUMA
Correspondant au SENEGAL, pour VOIX AFRICAINE
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