Auteur: Dr SYLLA TATI IBRAHIM
En avant première, nous vous invitons à découvrir la suite du premier chapître du manuscrit du Dr SYLLA TATI: KUNDARA.
L'errance d'une Afro Européenne ou l'errance de la Negra Europea.
Après des années passées en Europe, Kundara décide de retourner sur a terre de ses Ancêtres, terre africaine...
Voici le début du premier chapître.
Merci de nous faire part de votre avis, suite à cette premiüre lecture. KUNDARA sera publié bientôt au SENEGAL. Nous recherchons des éditeurs en Europe.
Toutes vos idées, suggestions, critiques sont les bienvenues et attendues. Nous pouvons aussi le réécrire ensemble.
Merci!
Le bénéfice de la vente de ce livre sera versé en intégralité au profit des projets de solidarité en Afrique de la FONDATION SYLLA CAAP.
NOTA BENE: ce manuscrit est protégé par son dépôt enregistré à la SGDL, (Société des Gens de Lettres).
Sa reproduction, même partielle, est strictement interdite.
(Pour lire le début du premier chapître)
KUNDARA, suite du premier chapître.
O toi le nanti, le privilégié, le puissant,
Homme et blanc, quoi !
L’immigré devant ta porte,
Ta porte barricadée, fermée à triple tour,
Entourée de fils de fer barbelés,
Les gendarmes, mitraillette au poing,
Qui te gardent et qui me regardent,
En chien de faïence,
Moi l’immigré
Pour mieux me faire comprendre
Que je ne dois point m’approcher
De ton pain quotidien,
O toi le nanti,
Qui chaque matin,
A le droit de gaspiller
Des litres de ce liquide précieux
Que te dispense sans compter
La Compagnie Générale des Eaux
Pour te raser la barbe,
Des litres et des litres
Qui suffiraient à abreuver
Une famille de Nègres
Perdue quelque part dans la savane,
D’un village du Sahel ;
O toi le nanti,
Qui chaque week-end, baigne ta voiture
De cette eau précieuse,
Qui aurait pu donner vie et espérance
Au village de cette immigrée que je suis,
Moi cette immigrée
Qui sur les chaînes de montage
Ai fabriqué ta voiture,
Pour une bouchée de pain,
A la sueur de mon front.
Moi cette même immigrée
Qu’aujourd’hui, tu rejettes
Au delà de ta porte
Parce que je ne te sers plus.
Les robots ont pris ma place
Chez Renault, Citroën et ailleurs…
Eux au moins n’aggravent pas
Le trou de la Sécu et des allocs…
O toi le nanti,
Béni des dieux,
Savoure ta victoire
O toi le nanti
Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.
Ainsi soit-il…
Le Christ est avec toi…
J’étais assise depuis des heures,
Dans ce jardin,
Et cherchant à deviner ce qu’il pouvait y avoir,
Au delà des dunes là bas,
Je me disais que de toutes façons,
Il n’y avait même plus de destin pour m’apprendre…
Toutes ces années de l’autre côté de l’océan
Avaient été souillées de scènes quasi-quotidiennes
« D’un monde putréfié par la haine »,
J’avais espéré pouvoir oublier
Tous ces outrages.
Mais aujourd’hui,
Il me fallait vivre avec tout le poids de ce passé,
Comme unique héritage de ces années d’errance,
Et avancer malgré tout vers ce que je soupçonnais déjà…
Les minutes, les heures s’égrenaient,
Et, les yeux rivés sur mon passé,
Je ne pouvais me résoudre encore à me lever.
J’avais bien cru,
Oui, guidée par ma naïveté,
J’avais cru,
Que mon retour effacerait du même coup
Les effluves de souvenirs si âcres…
Mais il n’en était rien…
Au contraire…
C’était toute une frénésie d’événements
Qui se bousculaient dans ma tête :
Régénérescence de mes doutes, de mes craintes…
Comme de mes fols rêves…
Amer constat…
Ces exclus de l’Europe
Victimes des outrages d’une société qui a perdu ses repères
Ces exclus, toujours les mêmes, mis à l’index,
Ces différents,
Qu’un parti qui se veut national,
Voudrait bien parquer dans un ghetto,
Voire dans des chambres à gaz…
Oui, ces exclus,
Gueux , miséreux,
Ces damnés de la société,
Parce que juifs, noirs, drogués,
Clandestins, femmes, loubards,
Clochards, siero-positifs,
Ces outrages se vivaient souvent dans les scènes les plus insignifiantes…
Et pour moi,
Chaque jour revêtait son lot d’insultes…
L’histoire de l’humanité sera-t-elle toujours ainsi
Guidée par cette lente et sournoise phobie
Du plus fort, du plus vil,
Laissant le petit se contenter d’être manipulé,
Dans le meilleur des cas ?…
Je ne pouvais ne pas penser à tout cela,
Même à des milliers de kilomètres…
Je portais ce poids sur moi…
Deux mille ans
Déjà, et pourtant
Il y a encore et toujours
Le peuple qui pleure
Des milliards
De femmes , d’enfants, d’hommes,
Qui meurent,
Chaque jour,
Qui de faim,
Qui de soif,
Qui d’injustice,
Dans l’indifférence
Du peuple qui rit
Drapé dans son superflu.
Laissez venir à moi
Les sans logis, les miséreux
Les éternels derniers, les gueux,
Les damnés de tous les mondes,
Laissez-les venir à moi,
Car le Royaume des Cieux, disaient-ils,
Est à eux.
Deux mille ans déjà
Et pourtant
Il y a encore et pour toujours,
Un peuple qui rit,
Drapé dans son superflu,
Dans ses supermarchés, dans ses super-arnaques.
Sadisme ?
Même pas !
Deux mille ans , déjà…
Hier esclave…
Aujourd’hui, immigré clandestin,
L’immigré, le damné de toujours
Fuyant sa misère de tous temps et en tous lieux,
Se retrouve
Dans le pays de l’opulence,
Confronté à la haine,
De ceux qui ont découvert
Comme par enchantement
La préférence aryenne,
L’identité nationale,…
Le gueux du temple,
Le peuple du grand silence
Se berce de son désespoir
Dans le XXème, le XVIIIème,
Et autres banlieues de triste renommée…
Même pas Milan, Rome ou Turin,
Et Florence, mes aïeux,
Même pas Florence ;
Triste époque…
Tu ne trouves nulle part
Compréhension.
L’ex-immigré du sud,
L’ex-immigré du nord,
Le Rital d’hier,
Pour les Parigots de tous temps,
Plus bêtes que méchants,
Mais qui sait ?
Eh oui, le Rital d’hier
Te claque la porte au nez,
Te traitant
O mon damné bien aimé,
De sale Nègre…
Quelle tristesse…
Laissez venir à moi
Les immigrés, les clandestins, les sans papiers…
Les harkis, les bougnouls,
Les beurs, les métèques,
Les sans-logis, les damnés du monde
Occidental, s’il vous plaît,
Car ils sont
Les bien aimés du Père.
A Carcassonne,
Dernier spectacle
D’un triste samedi soir,
Des paras en manque d’émotion,
Des paras en mal d’Irak,
Des paras laissés pour compte
Dans leur caserne d’ennui…
Il faut bien
Qu’ils prennent plaisir
Là où ils le trouvent…
Peu chère,
Il faut bien que jeunesse se passe…
Et si c’est sur le dos des Arabes,
C’est optimal…
Des Arabes, ici où là bas,
Kif kif bouriko,
Par les temps qui courent,
Casse du bougnoul,
C’est aussi, c’est surtout
C’est toujours passer du bon temps…
Donc mes chers chérubins, aryens,
Amusez-vous
Comme vous pouvez…
Il faut bien que jeunesse se passe…
Et pendant ce temps-là,
L’immigré, le damné
De tous les mondes,
Face à l’infini,
Le regard tantôt tourné
Vers l’infini océanique,
Se murmurait à lui-même,
Comme l’on récite,
Au nom du Père, du Fils et du Sans Esprit,
O toi le grand responsable
O toi le divin de mon premier souffle,
Dire que si tu avais pu
Ne point faire de moi
Un potentiel de vie
De quelque nature que ce soit,
Alors j’aurais pu
Etre
Le non être
Le plus heureux
Dans le meilleur des mondes impossibles…
O toi qui es censé être
Le créateur
De moi et des autres,
Si tu avais eu
Pour ce qui me concerne,
Une toute petite perte de mémoire,
Et me laisser
Dans ce qui fut
Ma non existence
Ma non matérialité…
O toi l’infaillible,
J’aurais alors été
Le non potentiel de vie,
Le plus heureux
Du monde des injustes…
Alors certainement,
O toi le divin infaillible,
Moi le non être
J’aurais mieux cru en toi.
Et pas seulement moi…
Laissez venir à moi
Les sans-logis, les miséreux,
Les éternels derniers, les gueux,
Les damnés de tous les mondes,
Laissez- les venir à moi…
Car le Royaume des Cieux est à eux…
Mon Seigneur,
Toi, qui soi-disant, nous a envoyé
Ton fils, pour nous sauver,
Toi mon Seigneur, le rédempteur,
Toi le Seigneur des seigneurs,
Qui a affirmé au sommet du Golgotha,
Laissez-les venir à moi…
Car le Royaume des Cieux est à eux…
Mais l’as-tu seulement affirmé
Ce grand jour,
Au sommet du Golgotha ?
Est-ce bien vrai que tu as dit
Que les premiers d’aujourd’hui
Seront les derniers
Là bas dans ton royaume ?
Où dois-je encore soupçonner une arnaque ?
Une façon de me dorer la pillule,
Pour mieux me la faire avaler,
Au point de m’étrangler…
Laissez-les venir à moi
Laissez-les venir dans mes bras
Laissez- les venir à mes côtés…
Tout autour de moi…
Car le Royaume des Cieux
Et pourtant…
J’aimerais tellement croire
A ces paroles d’espérance…
Mais il y a
Ces atrocités…
Qui peuplent mon destin…
Et qui me font trébucher…
A chaque fois
D’un pas décidé,
D’un pas que je voudrais résolu…
Je me dirige vers toi,
O mon Seigneur,
Voilà que se présentent des obstacles
Telles des montagnes infranchissables,
Ces atrocités
Qui peuplent le quotidien des Nègres,
Et qui, par la force des choses,
Me font douter
De tes paroles d’espérance,
O mon Seigneur,
Et qui me font dire,
O sacrilège,
Que peut-être mon suprême salut
N’est pas en ton pouvoir…
Et alors le doute
Gangrène mon espérance en toi…
O mon Seigneur… !